L’histoire des CEMEA

L’histoire s’inscrit toujours dans un contexte global et dès lors il est bien difficile de situer finement où "cela" commence réellement. Dans notre cas, nous avons un repère... 1946 !, date du premier stage CEMEA destiné à un public belge et se déroulant en Belgique, à Sy-sur-Ourthe. Déjà, si nous voulons être complets, nous devons inscrire notre histoire dans celle des Ceméa français qui sont nés en 1937, c’est pourquoi nous allons faire une large description de cette association pour ancrer le mieux possible le mouvement dans le contexte historique, sociologique, économique, voire politique.
Nous faisons référence à un texte écrit pa Gisèle de Failly à l’occasion du vingtième anniversaire des Cemea français.

1936, une époque riche de promesses
Une entreprise ne peut prendre racine que si elle répond aux aspirations et aux besoins d’une époque.

C’est dans le bouillonnement d’idées nouvelles qui a accompagné les réformes sociales de 1936, dans ce monde riche de promesses où les projets audacieux ne semblaient pas absurdes, (...) que sont nés les Centres d’entraînement. Fédération de scoutisme, associations touristiques, culturelles, auberges de jeunesse ont à répondre à une demande considérable. Mais ces entreprises généreuses et pleine d’avenir sont débordées par leur succès même. Elles ne sont pas armées pour faire face à l’afflux et aux exigences de leurs adhérents. Et le danger est là, visible, menaçant : les cadres manquent. On risque de voir s’y installer le désordre et l’anarchie et finalement de les voir s’effondrer si une action considérable n’est pas tentée pour recruter, d’abord, puis former "ceux ou celles qui, sous le nom de chefs, aides ou responsables, sont capables d’être des guides pour leurs cadets".

Chaque mouvement, chaque organisme en prend conscience et intensifie pour ses propres besoins son effort de recrutement et de formation.

Si les vacances des adultes, jusque là abandonnées à l’initiative individuelle, s’inscrivent brusquement en France en tant que problème social, deviennent une préoccupation nationale et entrent dans les attributions d’un Ministère, si les mots : congés payés, tourisme populaire, billets populaires, naissent à notre langage en même temps que ceux de contrat collectif et de loisirs culturels, le problème des vacances des enfants, promues elles aussi à un nouvel avenir, se pose différemment. (...)

Des centaines de milliers d’enfants ne partent pas en vacances.
La demande est pressante. L’ampleur du problème se révèle avec force, l’urgence d’une solution s’impose. Oeuvres et colectivités créent de nouvelles colonies, construisent des bâtiments neufs, agrandissent ou aménagent des bâtiments existants. Mais cet effort se fait dans l’anarchie des initiatives plus ou moins compétentes, sans règle et sans idée directrice. Voir clair dans cet immense problème, imposer une conception pédagogique, donner aux oeuvres les moyens de l’appliquer, cela représente une tâche si énorme qu’elle semble impossible. Nous sommes toutefois quelque-uns à en sentir l’importance et à vouloir l’entreprendre. Nous allons tenter d’améliorer la colonie de vacances en formant des cadres.

La naissance des Centres d’entraînement
On ne peut retracer la naissance des Centres d’entraînement sans évoquer l’extraordinaire figure d’André Lefèvre, commissaire national des Eclaireurs de France, qui en fut l’animateur et les marqua profondément de son esprit. (...)
André Lefèvre s’appelait dans le scoutisme "Vieux Castor" et je connus quelques détails sur sa vie. Il avait déployé une inlassable activité dans les milieux les plus déshérités et les plus divers. Il avait organisé et animé les colonies de vacances de la "Maison pour Tous". Il étai devenu le responsable des "Eclaireurs de France", branche laïque du scoutisme, et croyait profondément à la valeur des principes de cette méthode éducative et à la valeur formatrice de la vie collective. Il voulait élargir la zone d’influence du scoutisme en dégageant celui-ci de son particularisme et faire bénéficier des couches très larges d’éducateurs et par conséquent des couches très larges d’enfantsd’un certain nombre de conceptions éducatives indiscutables : simplicité des rapports entre adultes et enfants, rapports humains basés sur la confiance et l’amitié, respect mutuel, travail en équipe. Il pensait que nous pouvions, dans une sphère réduite par la limitation de nos moyens, transformer l’atmosphère des collectivités d’enfants, la rendre confiante, joyeuse, active. (...)
De mon côté, ignorant tout du scoutisme, mais formée aux méthodes d’éducation nouvelles, profondément convaincue de leur valeur, je cherchais le moyen des les répandre. (...)
Mais quelle méthode employer pour former les moniteurs ?
Une association avait déjà organisé des cours l’année précédente, mais, désirant mettre nos principes en action, nous souhaitions nous écarter d’une forme traditionnelle d’enseignement et trouver, pour préparer les moniteurs à leur fonction, une méthode "active".(...)

L’organisation du premier stage se heurte au scepticisme...
Les stages nous apparaissent aujourd’hui comme une méthode pédagogique efficace, si bien passée dans nos habitudes que nous avons peine à nous rappeler les difficultés que nous avons eues à vaincre pour la faire admettre et l’énergie qu’il a fallu déployer pour l’imposer malgré les objections "de bon sens" - ce bon-sens qui masque souvent les préjugés et l’inertie - qui lui ont été opposées. Le premier stage fut une aventure pleine d’aléas dont chacun nous prédisait l’échec. La nécessité de former des moniteurs fut d’abord mise en cause. Etait-ce un travail bien difficile que de "surveiller" des enfants, de les faire manger, dormir, se promener ?

Il nous semblait que nous compliquions bien inutilement les choses, et cela plus encore si nous destinions également notre formation au personnel enseignant. "Vous n’avez pas la prétention d’apprendre en dix jours à des instituteurs le métier qu’ils exercent depuis plusieurs années !" nous disait-on et lorsqu’il s’agissait de jeunes gens et de jeunes filles sans préparation et sans expérience, nous nous entendions assurer que le dévouement et l’amour des enfants suppléaient largement à toutes les connaissances. Cependant, les directeurs cherchaient à recruter des jeunes ayant fait du scoutisme et ayant ainsi déjà acquis l’habitude de s’occuper des enfants pendant leurs loisirs, dans une atmosphère de camaraderie et de joie. A cette première objection, les faits répondirent bien vite puisque, nous recevions en quelques jours 160 inscriptions pour 50 places.

La formule de l’internat fut ensuite vivement attaquée.
Nous voulions donner aux éducateurs une expérience de vie collective heureuse, enrichissante, active, préfigurant celle qu’ils pourraient ensuite réaliser avec les enfants. Il fallait donc les faire vivre ensemble dans des conditions analogues à celles des colonies de vacances. Là encore, les objections affluèrent. "Les Français sont des individualistes, nous dit-on, la vie communautaire déplait à leur goût de la liberté, le mot d’internat éveille en eux des souvenirs souvent peu agréables et des images peu attirantes et il éloignera les éventuelles candidats".
Le voyage qu’imposerait la participation au stage nous fut également opposé comme un argument de poids. "Pensez-vous que les instituteurs et les étudiants vont consacrer leurs vacances à venir à leurs frais à l’autre bout de la France - et pour apprendre quoi ?".

Nous tenions à un recrutement mixte. D’abord, motif le plus facile à invoquer, parce que les colonies de garçons et les colonies mixtes ont un recrutement mixte de moniteurs. Seules, les colonies de filles échappent à cette nécessité. Il était donc logique que garçons et filles, appelés à travailler ensemble dans les colonies se soient déjà rencontrés au stage dans un travail commun.
La raison que nous n’invoquions pas auprès de nos critiques timorés était au moins aussi importante. Nous souhaitions offrir aux garçons et aux filles ce que leur éducation ne leur a pas donné et ce que la vie habituelle ne leur apporte pas : l’occasion de se connaître, non pas au cours de loisirs plus ou moins artificiels où ils se croient souvent obligés de jouer un personnage, mais dans une vie saine et active où chacun peut se montrer tel qu’il est. (...)

Lorsque nous développions notre programme et exposions que les participants seraient invités à agir d’eux-mêmes, à chanter, à jouer, à travailler de leurs mains, nous semblions en pleine utopie. "Vous oubliez, nous disait-on, que nous sommes un peuple d’intellectuels. Assister à des conférences, à des informations, prendre part à des débats, oui, mais pour le reste, vous verrez vite tomber vos illusions !" - "pensez-vous, ajoutaient des voix autorisées, que les Normaliennes, qui sont à l’âge où l’on discute de grands problèmes métaphysiques en se promenant deux par deux dans les cours d’écoles, s’intéresseront aux jeux puérils que vous allez leur proposer ?".

Un peu ébranlés par les sombres présages de ces mauvais prophètes, nous nous attelions cependant à la tâche, entreprenions de multiples démarches, trouvions à Beaurecueil, près d’Aix-en-Provence, un château momentanément utilisé qui pouvait nous recevoir, nous préparions un tract de propagande et organisions notre secrétariat.

... mais rencontre de précieux appuis

Le goût de l’action, caractéristique de cette période, l’intérêt porté à toutes les initiatives en faveur de la jeunesse, l’impérieux besoin de cadres qui se faisait sentir dans tous les domaines expliquent que Henri Sellier, l’homme des idées d’avenir, alors Ministre de la Santé publique, ait accordé une subvention pour tenter l’expérience du premier "Centre d’entraînement pour la formation du personnel des colonies de vacances" et expliquent également l’intérêt manifesté par Jean Zay, Ministre de l’Education nationale. (...) Le premier "Centre d’entraînement" était organisé par quatre associations : Eclaireurs de France, Fédération Française des Eclaireuses, Hygiène par l’Exemple, Ligue de l’Enseignement. (...)

C’est ainsi qu’est né le premier stage Ceméa français à Pâques en 1937.

Et les Cemea belges dans tout cela... ?
1945 - Après les années d’épreuves et de privations de la guerre, les Belges se lancent dans la reconstruction de leur pays. Il faut repartir à zéro, tout est à créer ou à recréer. Malgré les nombreux problèmes, beaucoup de nouveaux projets voient le jour dans tous les domaines. Les communications avec les pays voisins sont rétablies et permettent des contacts qui ajoutent encore au bouillonnement des idées.

Cet été là, Gaston et Ivi Brugmans, lui instituteur à Angleur, elle assistante sociale, participent, un peu par hasard, à un stage de moniteurs de colonie de vacances organisé par les Cemea français dans la région parisienne.

Le même été, un professeur d’Ecole Normale de Bruxelles, Jean Boeckx, et sa femme Simone, se rendent à un autre stage Cemea à Saint-Cloud.

Ces quatres belges ramèneront chez eux les semences d’une plante qu’ils n’auront de cesse de voir germer. Grâce à la collaboration d’autres éducateurs qu’ils gagneront à leur cause par leur enthousiasme, ils y arriveront rapidement.

Et puis le mouvement prend son envol...
Entre 1950 et 1954 - Premiers stages en néerlandais.

1954 - Création de la Fédération Internationale des Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active, regroupant les Centres français, belges, suisses et italiens.

1960 - Nouvelle publication au Moniteur qui officialise -* l’existence des 3 délégations fonctionnant déjà au sein des Cemea depuis plusieurs années : une délégation wallonne, qui se structurera en sections provinciales (germanophone, Hainaut, Liège, Luxembourg, Namur), une délégation bruxelloise et une délégation flamande.


  • Premier stage de directeurs de colonie de vacances
  • Premier stage pour le personnel des hopitaux psychiatriques

1961 - Première colonie des CEMEA.

1963 - La délégation de Bruxelles s’institue en association indépendante.

1965 - Disparition de la délégation flamande

1970 - L’UNESCO accorde à la FI-Cemea le statut consultatif, faisant appel à elle pour des programmes de Coopération Internationale.

1971 - La FICEMEA est reconnue par Arrêté Royal le 2 avril, Marcel Hicter en est le Président depuis un ana.

1977 - Le groupe "La Veillée" asbl, groupe d’animation culturelle à Libramont devient la section Luxembourg des CEMEA, asbl.

1978 - La section provinciale du Hainaut des CEMEA devient le groupe Hainaut des CEMEA, asbl.

1980 - La délégation wallonne des CEMEA devient asbl.

1981 - La section provinciale de Liège des Cemea devient asbl. Création du Service de Jeunesse des CEMEA, asbl. Bien qu’indépendante des CEMEA de Belgique, cette association se situe dans le courant pédagogique des CEMEA.

1986 - Les Cemea fêtent leur quarantième anniversaire...

Témoignage de Gaston Brugmans et de Simone Boeckx, recueilli par Arlette Jodogne
Gaston Brugmans : "Avant la guerre, j’étais instituteur, disciple de Freinet. Attiré par le mouvement d’Education Nouvelle, j’ai fait la connaissance du beau-fils de Decroly, René Jadot, qui avait créé, au sein des écoles primaires d’Angleur, un laboratoire de psychologie et de pédagogie unique en Belgique. Ce laboratoire, en rapport étroit avec les instituteurs, les élèves et les parents, essayait de trouver des solutions aux problèmes psychologiques et pédagogiques qui se posaient dans les classes et cherchait à mettre au point des formes d’éducation mieux adaptées aux enfants. Un peu plus tard, j’étais devenu le président de ce laboratoire dirigé par une grande pédagogue, Andréa Jadoulle, qui elle-même entretenait des relations avec plusieurs membres de la Ligue pour l’Education Nouvelle, français et belges, tels que Decroly, Pieron, Wallon…
D’autre part, ma femme et moi, avions été responsables du mouvement de jeunesse des Faucons Rouges jusqu’à la guerre. En 1945, nous reprenons contact avec deux de nos amis des Faucons Rouges français qui nous invitent à les rejoindre à un stage des CEMEA.
La pluie tombe, comme elle tombera pendant tout notre séjour, sur nous et sur les tentes ou nous logeons. Nous sommes mal nourris, car en France à ce moment-là, les conditions de ravitaillement sont très difficiles. Beaucoup d’entre nous tombent malades.
Et pourtant, nous vivons là une expérience qui nous bouleverse tous. Dans le climat de confiance, de travail intense et d’exigence, qui règne, nous sommes amenés à nous dépasser, à dépasser les difficultés que nous rencontrons. Et nous allons de découverte en découverte dans le domaine des activités et des relations avec les autres…

Le jour même de notre retour, nous nous précipitons au laboratoire pour raconter à Mademoiselle Jadoulle notre aventure. Nous étions tellement emballés que ça ne pouvait pas attendre : « Nous devons créer des stages ici, en Belgique » lui disons-nous.
Elle se montre tout de suite passionnée par ce projet. Nous étions sûrs de pouvoir compter sur l’aide des instructeurs des CEMEA français. Et, en effet, nous n’avons qu’à leur écrire, pour voir arriver quelques temps après, au laboratoire de psychologie et de pédagogie d’Angleur, Gisèle de Failly, Henri Laborde et Jean Roger. « Mais il y a déjà un Belge qui a travaillé dans les Centres d’entraînement en France, il s’appelle Jean Boeckx » nous annoncent-ils ».

Simone Boeckx : « Mon mari était professeur de musique dans une Ecole Normale et cherchait à sensibiliser les futurs instituteurs à la richesse éducative de la musique et du chant. Dans le cadre de ses recherches vers une autre approche de la musique, avant la guerre, il avait pris part, en Angleterre, à un stage de fabrication de jeux de pipeaux où il avait rencontré Henriette Goldenbaum qui travaillait aux CEMEA français.
Ils s’étaient très vite aperçus de la concordance le leurs idées en matière d’éducation.
C’est ainsi qu’en 1945, les CEMEA français proposèrent à Jean d’animer un stage de fabrication et jeux de pipeaux avec Henriette Goldenbaum à Saint-Cloud. Nous étions jeunes mariés, je l’ai accompagné, et j’ai fait le stage comme participante.
C’était la Libération, tout refleurissait. En France les mouvements de jeunesse, encouragés par les pouvoirs publics, reprenaient leurs activités, se développaient. Leurs animateurs avaient besoin de se former et accouraient dans les différents stages. A Saint-Cloud, ils étaient très nombreux. Se trouvaient là aussi des instituteurs désireux d’introduire la musique dans leur classe, à la recherche d’une technique accessible à tous. Mais ce que nous découvrions là, c’étaient bien plus qu’une technique, c’était un esprit, c’était une vision de l’éducation qui nous ouvrait des horizons insoupçonnés.

Et ainsi, parti pour s’instruire de techniques nouvelles, le stagiaire revient avec une conception nouvelle de sa tâche d’éducateur, avec une compréhension plus vivante et plus active des difficultés et des possibilités de son travail, avec une conscience renouvelée de sa valeur propre, une meilleure acceptation de ce qu’il est réellement et une foi plus grande dans le fait que, tel quel, il peut remplir son rôle dans le groupe humain.
Peu après notre retour, Mademoiselle Jadoulle prend contact avec nous, et dès notre première rencontre avec les Brugmans, nous constatons combien nos opinions convergent. Les stages nous paraissent à tous nécessaires pour former le personnel des colonies de vacances et des maisons d’enfants, mais il nous semblent aussi importants, sinon plus encore, pour faire vivre aux futurs instituteurs une pédagogie différente qu’ils puissent par la suite expérimenter dans leurs classes.
Nous entamons alors des démarches qui aboutiront à la création de la section belge des Centres d’entraînement. Elle sera patronnée par les Ministères de l’Instruction publique, de la Santé, de la Justice, par la Ligue de l’Enseignement, la Croix Rouge, l’œuvre nationale de l’Enfance, le syndicat de l’Enseignement…
Au sein du comité d’action on trouve, outre les fondateurs, des inspecteurs de l’enseignement, des représentants des Boys Scouts et des Girls Guides, des membres de l’école Decroly… »
Gaston Brugmans : « En même temps, les préparatifs pour le premier stage s’organisent. Pour l’encadrement, nous avons une équipe d’instructeurs français (Henri Laborde, Jean Roger, Denis et Colette Bordat). Comme locaux, nous disposons de la grande maison qu’Angleur loue à l’année dans un village des Ardennes, Sy-sur-Ourthe, et où les enfants de la commune sont, en dehors de cette période, envoyés en colonie. Le personnel, les vivres sont payés par les caisses communales.
Il ne nous manque plus que les participants. Enthousiastes comme nous l’étions, nous avions parlé de notre projet parmi nos connaissances, dans le milieu des enseignants… C’est ainsi que certains s’inscrivent au stage comme l’inspecteur Jacquemotte et sa femme. Marcel Hicter, jeune directeur de la jeunesse, se joint à eux.

Etant échevin de l’instruction publique, moi je souhaite que tous les instituteurs d’Angleur fassent le stage. Ils viennent ainsi qu’une directrice d’école et le personnel d’encadrement de la colonie de Sy.
S’ajoutent encore des élèves de l’école d’auxiliaires sociales de Liège et quelques normaliennes.
Aved Andrea Jadoulle, les Boeckx, ma femme et moi, cela fait un groupe d’une quarantaine de personnes d’une moyenne d’âge de trente ans, qui vont vivre et travailler ensemble pendant 14 jours, du 22 juillet au 04 août 1946, dans cette belle maison plantée au milieu d’une prairie, dans une boucle de l’Ourthe ».
Simone Boeckx : « Chanter, danser, jouer, s’organiser, créer, construire, réfléchir, raconter… Nous nous engageons avec enthousiasme dans les activités les plus variées.
Comme, à cette époque, les CEMEA, vu leurs maigres ressources, disposent de très peu de matériel, nous découvrons les possibilités qu’offre la pomme de terre détournée de son usage habituel ; impressions à la pomme de terre découpée, marionnettes en pomme de terre, sculptures…

Lors de nos promenades, nous faisons moisson d’éléments naturels qui viennent enrichir notre matériel de base. Nous expérimentons un éventail d’activités ne réclamant pas de gros moyens et pouvant s’adresser à des groupes d’une vingtaine de personnes. Car c’était la réalité à laquelle les moniteurs seraient confrontés par la suite dans les colonies : peu ou pas de matériel, des groupes de vingt enfants minimum. A la fin du séjour, nous aurons appris trente chants, vingt jeux, une dizaine de danses ; nous aurons participé à un grand jeu, organisé une kermesse géante, créé des jeux dramatiques, mené des enquêtes, réalisé un journal, des affiches, des petits livres… et encore tant d’autres choses !
Les instructeurs français, très satisfaits du stage, repartiront chez eux, les valises bourrées de chocolat et de bonbons encore introuvables en France cette année-là »

Gaston Brugmans : « Un second stage est organisé à Bruxelles pour les élèves de l’Ecole ouvrière supérieure, auquel participe le directeur de l’école, Jean Nihon, qui deviendra en 1950 le premier Président des Centres d’Entraînements aux Méthodes d’Education Active de Belgique.
Ces deux stages constituent les premiers maillons d’une chaîne de stages qui vont se succéder à Pâques et aux vacances d’été, dans la région liégeoise et dans la région bruxelloise. Très vite, nous sommes mis à encadrer les stages aux côtés des instructeurs français. Plusieurs belges sont partis en France se perfectionner en travaux manuels, en chants… Aussi, après quelques temps, avons-nous pu former nous-mêmes des équipes complètes ».
Simone Boeckx : « Les inspecteurs de l’enseignement parlaient de stages autour d’eux dans les écoles… Ceux qui rêvaient depuis longtemps de transformer leurs lieux de travail, voyaient dans le stage une occasion de découvrir quelle voie ils allaient prendre.
Nous avons ainsi vu arriver des directeurs de maison d’enfants, des professeurs de pédagogie, des directeurs d’écoles qui emmenaient parfois avec eux tous les enseignants de leur établissement.
Certaines écoles, les écoles sociales notamment, obligeaient ou encourageaient leurs élèves à participer à nos stages. En 1950, la directrice de l’Ecole Normale Emile André de la ville de Bruxelles, Georgette Schmitz, séduite par notre conception de l’éducation, nous demande d’organiser un stage pour ses élèves. Ce sera le premier stage pour normaliens.
Cette année-là, sont publiés au Moniteur les premiers statuts de l’association. Parmi les membres du conseil d’administration, on compte des directeurs d’école, des professeurs, des directeurs généraux de l’enseignement… L’un de ceux-ci, Louis Verniers, qui soutient l’association depuis le début, décide alors de mettre le stage au programme des Ecoles Normales. Le Service national de la Jeunesse ou les Service éducatifs de la province de Liège subsidiant en partie ces stages pour normaliens, les instructeurs vont pour la première fois être rémunérés ».



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