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Le monde n’est pas à prendre tel qu’il est...

Commentaire en écho à “L’agir” de Tony Lainé, 40 ans après sa publication.

Au travers de sa réflexion sur le travail humain, Tony Lainé nous interpelle sur notre capacité actuelle à rêver, à imaginer, à composer un environnement qui crée des conditions, des possibilités, qui donne du sens. Si nous ne voulons considérer l’environnement comme un “donné”, quelque chose à subir, auquel s’adapter, il nous faut oser le transformer et devenir, ainsi, les producteurs de notre propre santé individuelle et collective.

Le travail, pour l’enfant comme pour l’adulte, doit avoir du sens. Or, aujourd’hui, force est de constater qu’il en perd bien souvent, installant la personne dans la passivité et l’ennui d’une routine vide de sens. Mais quel sens, justement, voulons-nous donner à cette notion de travail ? Comment pouvons-nous en affirmer le sens émancipateur, au risque sinon de le laisser glisser vers davantage d’aliénation, de souffrance, d’exclusion ?

Si nous posons le constat d’une condition moderne d’aliénation, nous souhaitons souligner l’importance de plusieurs éléments évoqués par Tony Lainé et contribuer à ne pas les laisser dormir, car ils sont le chemin d’un agir propre à renverser la vapeur. Il s’agit de ce qu’il nous dit sur la fonction de la main, la création d’objets expressifs et la finalité éducative ou thérapeutique, sur le plaisir partagé et enfin, sur le rôle de l’éducateur ou du soignant.

La main et la création d’objets expressifs

Les paléontologues disent qu’il y a une histoire humaine dès qu’il y a libération de la main, car c’est celle-ci qui permet progressivement l’accès au langage et à la créativité. Et Lainé montre bien à quel point il importe que nous ne perdions pas le contact avec nos mains et les créations qu’elles permettent : jamais les objets humains réalisés ne sont purement fonctionnels et toujours il est important que nous puissions y mettre notre touche.

La réalisation d’un objet est un processus dont personne ne peut mesurer les enjeux humains et elle n’est pas un but en soi. Ce qui importe par contre, c’est d’inventer des cadres et des dispositifs qui rendent à la fois possibles des réalisations expressives et qui incitent également à échanger sur le sens.

Le plaisir partagé

Idée forte dans le texte, le plaisir partagé doit constituer le moteur d’une recherche collective de sens. La psychothérapie institutionnelle l’a fortement souligné : s’il existe bien des rôles différents (soignants/soignés, éducatrices/éduqués,…), les tâches et responsabilités collectives prises dans la vie en commun tendent à ne pas figer les personnes et leur potentiel dans ces deux rôles. C’est l’idée de transversalité : à de nombreux moments, soignants et soignés sont ensemble face aux nécessités et exigences de la vie commune. Si le dispositif éducatif ou thérapeutique vient marquer de nécessaires délimitations (distinctions des sexes et des générations, des rôles et des places, des pouvoirs, mais aussi marquages des espaces et rythmage du temps), le plaisir partagé est ce qui fait soin, en permettant la rencontre entre personnes au travers ou au-delà des habituelles frontières.

Le rôle de l’éducateur ou du thérapeute

Ceux et celles qui endossent ces rôles ont à se situer dans un mouvement continuel d’aller et venue entre elles comme “personnes” et elles “endossant un rôle”. D’où les nécessaires moments de réunions d’équipe, d’inter- ou de super-vision où chacun est invité à exprimer ses propres réflexions, émotions, questions. Aujourd’hui malheureusement, beaucoup de pseudo-formations poussent au contraire au colmatage des questions personnelles par des recettes, par l’écoute religieuse des paroles d’un Maître ou par la technocratie. On risque ainsi de former des professionnels ou des volontaires “blindés”, faussement sûrs d’euxmêmes voire insensibles.

Nous pensons au contraire qu’il faut maintenir une ouverture, une non-totalisation (un non totalitarisme), qui consiste pour le soignant ou
l’éducateur à laisser la question du sens ouverte (ne pas s’ériger en Maître pour l’autre) et, de veiller pour soi-même à ne pas jamais s’identifier à son rôle professionnel. Le rôle (exercé dans un cadre professionnel ou militant) doit servir la situation éducative ou thérapeutique globale. Il participe d’une fonction éducative ou thérapeutique.



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