Le respect en mots... et en actes

par les CEMEA le 1 juillet 2008, dans Expériences de terrain, Pédagogie

Ces mots, affirmés par les CEMEA, le sont aussi dans les discours des uns et des autres. Posons dès lors notre attention sur la mise en place de ce respect… Car c’est là que se trouvent les écarts. Et la question qui se pose ici est de savoir comment un animateur permet à l’enfant d’être dans un climat de respect.

Sylvain, animateur (Liège)
On utilise souvent une série de mots pour parler du respect, mais, finalement, ce n’est pas si évident que ça d’expliquer ce que c’est…

Je crois qu’on y parvient en mettant en application un ensemble de règles qui vont permettre à tout le monde d’avoir son espace au sein du groupe, d’exister dans les meilleures conditions, sans empiéter sur les autres, d’écouter, d’être écouté, d’avoir une ouverture d’esprit, d’autoriser l’autre à penser différemment de soi. Pendant les moments d’activité avec les enfants, j’essaie de leur faire comprendre cette notion de respect de différentes façons. Parfois, j’utilise un support vidéo ou je leur propose de jouer des saynètes et on en discute par la suite. Ce que j’ai remarqué, c’est que les moments dans lesquels ils ne se sentent pas respectés ou les moments où ils sont les plus touchés, sont ceux qui se rapportent le plus à leurs besoins primaires : la soif et le fait qu’un autre enfant boive dans leur gobelet, les moqueries diverses… C’est dans ces moments-là que peuvent aussi naître les discussions les plus riches sur le fait de respecter l’autre. Quant à moi, j’essaie de toujours respecter les enfants, dans leurs rythmes, par exemple. Lorsqu’on se ballade en forêt pour observer les animaux ou des indices de leur présence, il peut arriver que je sente le groupe fatigué. Souvent, les enfants s’attendent alors à une réaction négative ou à une réprimande. J’essaie d’être à leur écoute et leur demande simplement s’ils sont fatigués, si l’activité qu’on est occupé à faire les intéresse vraiment ou s’ils préféreraient juste se promener dans les bois sans toutes ces explications sur la faune. Ils sont souvent un peu décontenancés par la suggestion et le fait que je leur demande leur avis. Mais personnellement, je préfère que cela se passe bien pour eux et moi, je préfère ne pas les ennuyer mais trouver quelque chose qui leur convient, à eux comme à moi. Etre respectueux des enfants, c’est aussi penser les activités en fonction de leur âge, et repenser une activité si cela s’avère nécessaire, trouver des temps d’écoute car les enfants ont toujours des tas d’histoires à me raconter…

Chala, coordinatrice de plaine (Bruxelles)
Pour moi, respecter l’autre c’est lui laisser la possibilité d’être lui-même. C’est aussi l’encourager à affirmer qu’il est au sein d’un groupe pour qu’il puisse s’y trouver une place qui lui convienne. Au sein d’un groupe d’abord, dans la société ensuite…

Plus précisément, dans l’animation, je pense qu’il est essentiel d’accorder une attention particulière à chacun et à chacune. Particulière, mais pas identique, parce que les besoins des uns et des autres ne sont pas les mêmes. En plaine ou en séjour de vacances, nous prenons du temps, régulièrement, en réunion d’équipe, pour parler de chaque enfant, afin de garantir qu’au moins l’un d’entre nous ait pris un moment privilégié avec lui. Mais accorder de l’attention, de l’importance à chacun, ne veut pas dire être omniprésent. Respecter l’autre, c’est aussi lui donner du temps et de l’espace pour qu’il puisse investir les moments comme il le souhaite, seul ou avec d’autres. Respecter, c’est accorder de la valeur, prendre en compte la personne dans ses particularités ; c’est aussi pouvoir rester soi-même face à l’autre.

Roland, formateur (Ottignies)
Une application concrète dans une école du secondaire de la Communauté française. Le respect est la valeur de référence principale de notre projet d’établissement, elle se retrouve en permanence dans les différentes actions que nous menons dans notre école qui sont résumées en 7 points.

1.Favoriser le développement global de l’élève. L’école sert à apprendre des contenus (savoir et savoir-faire), mais aussi des comportements et attitudes. Dans ce sens nous apprenons à respecter tous les lieux d’apprentissage (cours, vie de l’école, organisations…). En conséquence, toutes les classes et options sont respectées en tant que telles et ne sont pas cataloguées en classes ou options « fortes » ou « faibles ».
2.Amener l’élève à développer au maximum ses compétences en fonction de ses potentialités. Nous savons que chaque élève est différent et a des capacités dans des domaines précis. Ces différences sont respectées sans jugement de valeurs (pas de comparaison de résultats par exemple) et nous encourageons les élèves à les développer, les partager.
3.Susciter une prise en charge autonome de sa formation (stratégies personnelles, remédiation, autoévaluation, méthode de mémorisation, élaboration des synthèses…). Nous attendons de chaque élève un investissement, une part active, tant dans les cours que dans le fonctionnement de l’école. Cet investissement, cette part active sont les actes concrets qui traduisent le respect des consignes liées aux démarches d’apprentissage à l’autonomie.
4.Favoriser une coopération dynamique entre les élèves et enseignants, entre élèves, enseignants et parents. Nous défendons l’aide entre les personnes (élèves et/ou professeurs)… Si un élève ou un professeur a des difficultés, les autres sont présents pour l’aider à dépasser cette situation. Les parrainages et le monitorat permettent concrètement de s’impliquer dans cette dynamique. Nous souhaitons que les parents portent un intérêt majeur à l’enseignement, qu’ils collaborent avec les enseignants à encadrer l’apprentissage de l’enfant dans le respect des lieux et des fonctions qui leur incombent.
5.Favoriser la communication dans le respect et l’écoute. Nous favorisons le contact entre les personnes dans le respect des autres sur le principe de la tolérance zéro (pas d’injures, pas de mots grossiers, pas de provocations… Bref, un comportement poli à tous niveaux). Pour la communication des informations, des moyens divers sont mis en place (circulaires, conseils). La communication permet de rappeler et de réfléchir en permanence les règles de base.
6.Former l’élève au rôle de citoyen responsable en l’amenant à prendre des initiatives dans la conduite de son apprentissage et dans son développement social (les conseils, les commissions). Nous attendons des élèves : une implication dans les conseils par une participation orale (échanges : respect de l’écoute et de la prise de parole) et concrète (respect des services et fonctions de la classe) ; une implication dans l’école par le respect rigoureux de son fonctionnement (matériel, services…). Une « commission règlement » veille en permanence à la logique du règlement d’ordre intérieur et adapte celui-ci, si nécessaire.
7.Privilégier les pratiques pédagogiques qui mettent autant l’accent sur les méthodes que sur les contenus (recherches individuelles, collectives, accès à l’information, relation au monde extérieur…). Nous attendons des élèves une implication dans le fonctionnement des cours, en acceptant :

- de réfléchir sur les démarches à mettre en place pour favoriser son apprentissage ;

- de respecter les contrats mis en place et les consignes données ;

- de prendre des initiatives, d’être créatif.

Manuela, formatrice (Mons)
Le respect, c’est la considération pour la personne comme quelqu’un qui mérite de l’attention, un égard particulier, une considération en tant qu’être humain.

A l’occasion des formations d’animateurs, différentes choses sont mises en place pour garantir le respect. Tout d’abord le cadre de la formation : les principes tels que l’écoute active et la critique constructive, les moments de communication à l’occasion de l’agora et l’attention au fait que chaque personne puisse s’exprimer permettent que le respect s’installe progressivement. La manière dont est constitué le groupe de participants a toute son importance elle aussi. La formation d’animateur est ouverte à tous, il n’y a pas de critère d’exclusion. Dès lors, on est face à un groupe hétérogène et on accepte les personnes comme elles sont. A partir de là, on débute la formation en tenant compte de chaque individu et sans décider de changer la personne.

Quant à la mise en place de groupes de vie au sein de ce grand groupe, elle va encore plus permettre à chaque personne de faire connaissance, de prendre sa place, d’être acceptée telle qu’elle est, avec ses spécificités et ses différences. En s’ouvrant et en n’allant pas forcément vers « ceux qu’on aime le plus », on s’autorise à des rencontres qui n’existeraient pas autrement. Ensuite, la manière de proposer les activités a toute son importance. La diversité des ateliers, des jeux, des activités permet à chacun de se retrouver dans différentes choses et d’établir son rapport personnel avec l’apprentissage. Et dans le cadre de ces activités, il est judicieux de respecter le rythme des personnes qui participent à la formation. Il est important de croire que chacun peut se développer et de mettre en place ce qui le permet, de laisser la place à l’apprentissage individualisé dans le groupe, en tenant compte de chaque histoire de vie.

Ainsi, il ne faut pas tendre vers une limite, vers ce qui devrait être fait ou ce qui serait bien fait, mais permettre à chacun d’apprendre différemment. Enfin, ce qu’il y a de plus complexe dans la mise en place du respect et qui se passe tout au long de la formation d’un animateur, c’est l’attitude du formateur vis-à-vis de lui. Pour moi, adopter une distance pédagogique face au participant est une grande preuve de respect. En effet, trop de sympathie ou de proximité aura certainement un impact positif sur l’un, mais cette sympathie à ou cette positivité-là ne sera alors pas montrée aux autres. Et dans ce cas, quid de la justice et de l’égalité entre les participants ? De même, un sourire peut être interprété de différentes façons. J’essaie d’être la plus attentive possible à cela. Cela concourt à la considération de l’expression, des sentiments des gens, de leur sensibilité et de leurs différences. En formation, je me questionne souvent sur les attitudes que nous avons en tant que formateurs et sur l’effet que cela peut avoir sur les participants. Pour conclure, je dirais que le respect n’est pas quelque chose qui se dit, mais bien quelque chose qui se vit pleinement.



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