Secteurs Nos publications Et si l’École... Chronique mensuelle du Secteur École des CEMÉA "Le rôle de l’école, c’est d’apprendre, l’éducation, c’est à la maison !"- Mai 2017

"Le rôle de l’école, c’est d’apprendre, l’éducation, c’est à la maison !"- Mai 2017

• Et si à l’école, dans les salles des profs en particulier, nous n’entendions plus certaines phrases ! C’est autour de cette idée que s’organise cette chronique mensuelle : une idée toute faite à contredire, une affirmation si souvent répétée qu’elle s’ancre en nous sans réels fondements.
• Un temps pour s’arrêter sur ces phrases… pour les réfléchir, les questionner et ouvrir la discussion !

Une phrase de ce type prononcée en « salle des profs » n’invite pas au dialogue. Elle s’affirme comme une vérité, comme la seule voie d’un retour à la « bonne manière de faire ». Souvent les arguments manquent pour y répondre et on laisse dire...
cette sentence traduit une vision dialectique du développement de l’enfant où l’école devrait être le seul lieu qui lui transmet les vrais savoirs et où la famille serait l’unique garante de l’Éducation. Les CEMÉA soutiennent depuis plus de 70 ans que l’Éducation est une et de tous les instants, que l’enfant apprend tant en classe, qu’en famille, qu’à la récréation, que devant son téléviseur... De plus, à l’heure du Net, ce dernier est confronté à beaucoup plus de savoirs dans ses temps non scolaires qu’à l’école. Tout moment peut donc être générateur d’apprentissages. Et si l’école n’est pas l’unique source de « savoirs », pourquoi s’interdirait-elle d’être également source d’Éducation ?
Les partisan-e-s d’une école « transmetteuse de savoirs » invoquent souvent la « culture générale » à inculquer aux élèves. Mais est-ce vraiment les « leçons de chose » qui permettent de la développer ? N’y a-t-il pas plutôt un sens de la curiosité, un intérêt pour l’inconnu, un soutien à la démarche de recherche de chaque enfant à aiguiser et à accompagner ? Si vous avez répondu positivement à cette dernière question, vous croyez au rôle éducatif de l’école. En effet, il ne s’agit pas de « déverser » du savoir dans les cerveaux des enfants, mais de les éduquer à répondre à leur soif d’apprendre. Chaque adulte qui joue un rôle auprès de l’enfant, parent, enseignant-e, éducateur-trice, grand-parent, instruit et éduque en même temps.

L’ école doit donc réfléchir aux moyens pour garantir que chacun-e puisse bénéficier, en son sein, d’une instruction et d’une éducation. Son rôle est de considérer chaque enfant dans sa globalité comme un être en devenir tant au niveau de ses savoirs qu’au niveau de son éducation, de ses émotions, de sa personnalité... Il est grand temps que l’école arrête de se réfugier dans la seule instruction et de constater les dégâts en rejetant la faute sur la famille, surtout celle considérée « en manque ou en mal » d’éducation, et sur la société ! L’école est le lieu privilégié pour proposer et faire vivre collectivement une autre manière de faire, de penser, d’agir avec soi-même et avec les autres.

Si l’école accepte son devoir éducatif, elle pourra enfin travailler à installer des fonctionnements, des organisations, des façons de penser qui éduqueront les enfants à une autre forme de relation à soi, à l’autre, au groupe dans une vision plus juste de la société. A l’heure de la télévision et de la console de jeux, l’école est le principal espace de socialisation de l’enfant étant donné le temps qu’il y passe. Laisser l’éducation à la famille uniquement est dire que l’unique mission de l’école est d’instruire pas de s’enquérir de la vie en société des individus.

Si l’école accepte son devoir éducatif, elle pourra offrir à chaque enfant une vraie place en partant de lui, tel qu’il débarque dans la classe, dans l’école, pour ce qu’il est, c’est-à-dire une personne digne d’intérêt, d’attention et de soins qu’elles que soient son origine, sa culture, son identité... son éducation.

Si l’école accepte son devoir éducatif, elle pourra également, comme les CEMÉA l’affirment dans leur Manifeste, être un véritable lieu d’émancipation individuelle et collective. En effet, déclarer que l’école ne peut avoir un but éducatif équivaut à énoncer qu’elle doit continuer à mettre au « tableau d’honneur », ceux et celles qui, par leur naissance, ont déjà les bases d’une culture générale, d’une culture scolaire et s’obstiner à reléguer, pratique où elle excelle déjà, les autres qui n’en possèdent pas les codes... Bref continuer à faire en sorte qu’elle reste un formidable outil de reproduction sociale... Au fait, connaissez-vous une catégorie sociale qui réussit l’école en surclassant même les plus nanti-e-s... ? Les enfants d’enseignant-e-s !

Secteur École des CEMÉA

"Eduquer quelqu’un, c’est lui apprendre à penser par lui-même et à n’effectuer que les actes qu’il aura librement décidés."

Philippe Meirieu



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