Les activités en milieu naturel

par les CEMEA le 1 juin 2005, dans Activités, Expériences de terrain

Dans le cadre de centres et plaines de vacances, où des activités de découverte de la nature sont régulièrement organisées, la question du rapport entre l’humain et l’environnement est une question récurrente pour les animateurs.

Nous sommes allés rencontrer Alain Bairamjan, Conseiller pédagogique chez les Scouts et Guides Pluralistes de Belgique asbl (SGP-Les Scouts Pluralistes), qui nous a donné sa vision de l’organisation et de l’animation d’une activité-nature avec des enfants et des jeunes.
Une procédure complexe

« Le code de circulation dans les bois » ou « code forestier » du 20 décembre 1854 est le règlement de base pour tout usager de la forêt en Région wallonne. Ce document contient quelques règles simples à observer, même si elles paraissent souvent contraignantes : obligation de se promener dans les sentiers balisés, interdiction de ramasser des branches mortes sans autorisation, interdiction de faire du feu à moins de 100 mètres des habitations, etc.

Au début de l’année 2004, le ministre wallon de l’Agriculture et de la Ruralité José Happart a tenté de modifier fortement ce code forestier, notamment en ce qui concerne la limitation de la circulation et l’organisation d’activités dans les bois… Les réactions ont été vives parmi les usagers de la forêt wallonne, dont les mouvements de jeunesse, d’autant plus qu’une convention entre les mouvements et la Direction générale des Ressources naturelles et de l’Environnement avait été signée quelques années auparavant. Cette convention définit précisément la procédure qu’un animateur d’un mouvement de jeunesse doit suivre lorsqu’il souhaite proposer aux enfants, aux jeunes une activité-nature (randonnée, camp, hike…).

L’animateur doit avant tout se renseigner pour savoir à qui appartiennent les bois dans lesquels il souhaite organiser l’activité : l’endroit choisi appartient-il au domaine public ou au domaine privé ?

S’il s’agit d’un bois privé, c’est le propriétaire qui accorde ou non l’autorisation d’occuper son terrain. S’il s’agit d’un bois soumis au régime forestier (Région Wallonne, Communes, Provinces…), l’animateur contacte l’agent des forêts (appelé aussi garde forestier) de la région concernée, pour autant que l’association de jeunesse à laquelle il appartient ait signé la convention générale avec la Région wallonne.

Depuis cette nouvelle convention, l’agent des forêts se trouve ainsi placé au centre de la procédure de délivrance des autorisations d’activités. Pour la Région wallonne, il s’agissait ici de rencontrer un double objectif : d’une part, valoriser le rôle du garde forestier, qui est la personne définie comme la plus compétente sur le terrain ; d’autre part, favoriser les échanges entre l’agent et les enfants, les jeunes durant la période d’activités.

L’agent des forêts joue donc un rôle essentiel dans la gestion multifonctionnelle de la zone boisée dont il a la charge et, pour l’animateur, tout dépend de lui : de la manière dont il autorise l’accès à son territoire, en passant par les activités de construction qu’il permet… tout cela en lien avec les sentiments qu’il nourrit pour les mouvements de jeunesse (souvent liés aux expériences antérieures).

Dans la plupart des cas, une véritable collaboration s’installe entre l’agent des forêts et l’animateur de jeunesse : certains agents marquent les arbres qui peuvent être abattus pour diverses constructions ou activités, signalent les zones de nidification à éviter, proposent des animations liées au milieu forestier, en fonction de leurs compétences…

Mais l’animateur doit également tenir compte des règlements communaux, qui compliquent sérieusement l’organisation d’activités-nature. Ces règlements, variables d’une commune à l’autre, peuvent limiter, voire interdire, la circulation dans les bois communaux. Le bourgmestre étant le premier responsable de son territoire, il dispose d’une grande autonomie dans la manière de concevoir la libre circulation et d’assurer la sécurité. Les mesures prises peuvent être très restrictives, certaines communes allant jusqu’à réglementer la circulation des groupes de jeunes de mouvements de jeunesse à l’intérieur de leur territoire !

« Bien s’intégrer dans le milieu »

Chez les Scouts et Guides Pluralistes, même si les conditions d’organisation varient d’un lieu à l’autre, certaines règles de base ne changent pas en ce qui concerne le respect de l’environnement naturel dans lequel les animateurs et les enfants, les jeunes vont vivre : être attentif aux déchets du camp (prévoir des sacs poubelles, car interdiction d’enterrer quoi que ce soit !), ne pas déverser de liquides (peintures, encres, white spirit…) qui représenteraient un risque de pollution pour les ruisseaux et la nappe phréatique, etc.

« Garantir le respect par le plaisir de la découverte » se traduit sur le terrain par différentes activités d’observation de la faune et de la flore. Par exemple, les insectes sont tout d’abord observés évoluant dans leur milieu naturel et peuvent être ensuite capturés par les enfants, avec l’aide de l’animateur. Après un moment d’observation plus attentive, les insectes seront relâchés avec précaution.

Les jeunes sont habitués au cadre d’action des Scouts Pluralistes grâce aux différents moments d’animation organisés durant l’année, le cadre de vie du camp s’installe donc de lui-même. L’animateur évite de susciter chez les enfants des activités pouvant avoir un impact négatif à long terme sur le milieu naturel. Pas de créativité à tout prix donc.

Construire un barrage sur le ruisseau, par exemple, provoque des effets sur le biotope qui se prolongeront bien après la fin du camp. En effet, le barrage, en plus de déranger les insectes d’eau, poissons ou batraciens éventuellement en période de reproduction, assèche certaines zones du ruisseau, détruit la végétation humide de la rive… L’animateur propose plutôt aux enfants attirés par le ruisseau de construire des petits bateaux pour faire la course, des moulins à eau à placer sur le cours d’eau. Avec les adolescents, cette activité peut se prolonger par l’observation des phénomènes de production d’électricité au départ de la force hydraulique…

Pour les activités d’expression ou de construction, les animateurs scouts pluralistes sont attentifs à ne pas donner une image consumériste de la créativité. « On n’utilise que ce qu’on trouve et on ne prend que ce dont on a besoin » : branches mortes ou arbres marqués par l’agent des forêts, feuilles, fougères… L’animateur veille à ce que les enfants n’arrachent pas toutes les plantes d’un endroit précis, mais en prélèvent à différents endroits espacés….

« Bien s’intégrer dans son milieu », c’est aussi marquer de l’intérêt pour le milieu naturel et humain dans lequel le camp va vivre : faire ses achats au magasin du village plutôt dans une grande surface impersonnelle avant le camp, acheter le pain à la boulangerie avec les enfants, chercher les œufs à la ferme et discuter avec le fermier… Entrer en relations avec les habitants du village, poser des questions sur un monument, visiter un musée régional… et contribuer aussi à la vie économique de la région.

Car il s’agit aussi d’un phénomène d’« action–réaction » : si les animations proposées par les mouvements de jeunesse se déroulent bien, dans un esprit non consumériste de la région naturelle et humaine qui s’offre à eux, les communes accepteront plus facilement l’organisation d’activités-nature sur leur territoire. Et inversement.



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