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Mobilité des femmes : enjeu spatial, enjeu social

Entretien avec Marie Gilow, au sujet de son mémoire présenté en vue de l’obtention du diplôme de Master Complémentaire en Urbanisme et Aménagement du Territoire, École Polytechnique de Bruxelles – août 2014...

CEMEA : Ton mémoire s’intitule « Mobilité des femmes et sentiment d’insécurité en milieu urbain bruxellois : enjeu spatial, enjeu social ». Qu’est-ce qui t’a amenée à choisir cette thématique ?

Marie Gilow : Au départ, je n’étais pas partie d’une perspective de genre. La thématique qui m’intéressait, c’était le lien entre mobilité et exclusion sociale. C’est en faisant des recherches pour délimiter davantage mon sujet et en menant mes entretiens, que je me suis rendu compte que les femmes constituaient un groupe d’usagères particulier et souvent défavorisé en terme de mobilité, et ce pour plein de raisons. Elles sont, dans les faits, des personnes à mobilité réduite.

C : C’est un peu choquant de présenter les femmes comme ça...

MG : Oui, je sais. Mais ce sont davantage les femmes qui accompagnent les jeunes enfants, elles se déplacent par conséquent plus souvent avec des poussettes et c’est un vrai challenge. Elles sont aussi plus soumises à des tâches domestiques dans le partage traditionnel des rôles : les femmes ont donc des chaînes de déplacement plus complexes que les hommes. Elles vont non seulement au travail, mais elles vont à l’école, faire les courses, conduire les enfants… Ce sont toutes ces tâches qui s’ajoutent à leur emploi du temps qui compliquent leurs déplacements en ville. Un autre élément est que les femmes sont souvent aussi plus pauvres que les hommes. Beaucoup de femmes n’ont pas les moyens d’avoir leur propre véhicule. Et quand il y a un véhicule pour le couple, ce n’est généralement pas la femme qui le conduit. Elles sont ainsi surreprésentées dans les transports en commun. En d’autres termes, les femmes ont plus d’exigences en terme de mobilité ou de déplacement, tout en n’ayant moins de possibilités de choisir leurs modes de transport ! Ça a été un de mes premiers constats : la mobilité n’est pas du tout neutre, la mobilité est genrée et on n’y pense pas forcément. Un autre aspect de ce caractère genré de la mobilité, c’est la manière des hommes et des femmes de se sentir et d’interagir dans l’espace public. Les statistiques montrent que les femmes se sentent beaucoup plus en insécurité dans l’espace public que les hommes. Ce qui m’a intéressée alors, c’est de mesurer l’impact, éventuellement limitant, de cette peur sur la mobilité des femmes, sur leur manière d’investir l’espace public.

C : Tu fais une distinction dans ton mémoire entre l’insécurité et le sentiment d’insécurité. Est-ce que tu peux développer l’un et l’autre concept ?

MG : Ce n’est pas du tout facile de faire cette distinction. Statistiquement, il y a un décalage entre le sentiment d’insécurité des femmes dans l’espace public et les agressions qu’elles subissent. Les études criminologiques montrent ainsi que les hommes sont plus souvent l’objet d’agressions physiques dans la rue que les femmes. Ce sont donc deux phénomènes différents : la violence réelle contre les femmes dans l’espace public et le sentiment d’insécurité qu’elles éprouvent. Mais les femmes sont l’objet d’un type de violence particulier, qui les vise en tant que femmes : le harcèlement de rue. C’est une violence qui n’apparaît pas dans les statistiques criminologiques, parce qu’une femme qui se fait attoucher, qui se prend une remarque désagréable ou insultante, qui subit des regards ou gestes déplacés, ne va pas forcément aller le déclarer à la police. Par conséquent, ce sont des agressions, réelles, qui n’apparaissent pas dans les statistiques, mais qui sont par contre essentielles pour expliquer ce sentiment d’insécurité des femmes. Plusieurs travaux ont été menés qui démontrent que le harcèlement de rue constitue une forme de rappel à l’ordre des hommes envers les femmes. Tout le côté pernicieux de ces agressions, c’est que la femme ne sait pas jusqu’où elles vont aller.

C : Par exemple, ça commence « juste » par se faire siffler dans la rue, mais si la femme réagit, elle ne peut pas savoir comment cela va tourner ? Elle ne peut pas anticiper ?

MG : J’ai senti pendant mes entretiens que cela met les femmes vraiment dans une situation très inconfortable et génère un sentiment d’impuissance, parce qu’elles ne savent pas comment réagir. Ce n’est pas une « vraie » agression, contre laquelle on peut se défendre physiquement, mais cela suscite de la gêne, un malaise. J’ai senti également une réticente à dénoncer ce type d’agressions, alors que l’impact sur les femmes est évident. Elles ont l’impression d’être prises au piège. Un sociologue, Erving Goffman, parle d’un contrat tacite qui lie hommes et femmes sur les rôles qu’ils ont à jouer dans l’espace public et qui attribue un rôle inférieur à la femme (puisqu’elle subit et qu’elle ne se défend pas). Contrat qui permet de maintenir un certain ordre social. Parce que c’est comme cela que ça se passe et doit se passer et que chacun, aussi bien la femme que l’homme, le dominant que la dominée, en jouant son rôle, maintient l’ordre et contrôle la situation, d’une certaine manière. Répondre de manière agressive à un harcèlement de rue, cela signifie rompre ce contrat tacite.

C : Et c’est là qu’il y a un risque de faire glisser une situation prévisible vers quelque chose de chaotique, qui va sortir du structurel et devenir potentiellement dangereux...

MG : Absolument. Le contrat est rompu, on va vers l’inconnu.

C : C’est ce qu’on appelle des assignations, quand à un moment on se sent, en tant qu’homme ou en tant que femme, obligé-e de répondre aux attentes qui pèsent sur nous. On est assigné-e dans un rôle, dans un comportement, enfermé-e l’un et l’autre, l’un par l’autre. Et bouger, sortir d’une assignation, cela fait forcément bouger l’autre … Ça peut le faire sortir de ses assignations comme les renforcer...

MG : Et c’est ce qui fait peur justement. C’est ce qui explique que les femmes préfèrent faire profil bas et ne pas réagir. Mais pour revenir au harcèlement de rue, je pense qu’il est vraiment à considérer comme un phénomène à part jouant dans le sentiment d’insécurité des femmes, qui est une notion plus large que cela. Si on voit le sentiment d’insécurité comme ayant plusieurs dimensions spatiales, l’espace public est une scène où se déroulent des interactions entre les gens, mais c’est aussi un cadre matériel qui peut générer des sensations. Une sensation de peur, notamment. Pendant mes entretiens, je montrais des images pour faire réagir les femmes, pour leur faire prendre conscience de la part liée à la notion d’espace dans leur sentiment d’insécurité. Un qualificatif qui est revenu souvent était que l’image faisait « scène de crime ». Cette référence à un imaginaire collectif, fantasmé, affecte la manière dont les femmes vont se sentir dans cet espace et va influencer leur choix de l’investir ou non.

C : Et a contrario, quels seraient les éléments qui pourraient les rassurer ? Comment diminuer ce sentiment d’insécurité ? Quelles pistes, quelles solutions ont-elles elles-mêmes proposées ?

MG : Pour répondre à cela, une autre dimension spatiale à prendre en compte, c’est le mode de partage de l’espace. Qui habite, qui investit l’espace ? Ce facteur influence beaucoup la manière dont l’espace est vécu par les femmes. Par exemple, s’il n’y a que des hommes, c’est généralement vécu comme désagréable, avec le sentiment d’être une intruse, l’objet des regards… La présence féminine va spontanément diminuer cette domination masculine de l’espace et, par conséquent, va faire que les femmes vont se sentir plus à l’aise. Une des femmes à qui je demandais de penser à des espaces qui lui donnent un sentiment de sécurité et plaisir, décrivait des rues où il y a des femmes qui sortent, qui vivent, qui investissent l’espace. Elle évoquait précisément une rue où, quand il fait beau, les femmes sortent des chaises sur le trottoir pour bavarder… Pour elle, passer par cet endroit est alors un moment agréable.

C : Parce qu’il n’y a que des femmes ou parce que c’est un espace mixte ?

MG : Parce qu’il y a des femmes, des enfants… mais elle n’a pas parlé pour autant de l’absence des hommes. Une autre femme me racontait que, quand elle doit traverser un tunnel (les tunnels évoquent pour beaucoup de femmes la peur, le danger, la nécessité de fuite…), elle va écouter les échos des gens qui viennent en face et, si elle identifie des voix féminines, cela va changer complètement la manière dont elle va appréhender la rencontre. Je dirais donc que les mesures et les aménagements qui privilégient la présence de femmes dans un espace encouragent d’autres femmes à investir cet espace. Une sorte de cercle vertueux. Une femme me disait, par exemple, qu’il faudrait aménager plus de plaines de jeux, qui inviteraient les femmes à accompagner les enfants jouer dehors… Mais cela réduit une nouvelle fois la femme à son rôle maternant !

En Allemagne, depuis les années 1980, l’analyse de l’espace avec le filtre du sentiment d’insécurité des femmes est répandue dans les communes, d’abord pour identifier et cartographier « les lieux d’angoisse », ces points noirs pour les femmes dans la ville, ensuite pour y remédier. Une commune qui mène un programme comme celui-là va concentrer ensuite son action sur un aménagement plus agréable et plus accueillant, quand on sait que ce qui contribue à une ambiance insécurisante pour les femmes, c’est par exemple une mauvaise luminosité, la saleté, un état délabré du mobilier urbain…

C : Mais n’est-ce pas insécurisant pour tout le monde, ça ?

MG : Bien sûr ! Et cette approche spatiale du sentiment d’insécurité des femmes pour améliorer l’aménagement urbain peut être vue de manière très critique ! Parce qu’elle stigmatise les femmes comme peureuses, en excluant la possibilité d’hommes peureux. Et, pour certains féministes, parce qu’elle détourne le problème de l’homme qui exerce la violence, vers la femme qui ressent le sentiment d’insécurité. Pour ma part, je pense que si l’on se focalise seulement sur l’aménagement pour répondre au sentiment d’insécurité des femmes, on risque de se limiter à une approche très symptomatique (modifier un éclairage...), mais aussi très dichotomique des choses, alors que c’est bien plus complexe que cela.

Le sentiment d’insécurité est avant tout un phénomène social, qui naît d’une idée de vulnérabilité que les femmes ont intériorisée et d’une vision de l’homme comme agresseur potentiel. Parce que l’homme est vu comme plus fort, plus agressif, mais surtout parce que l’homme est aussi l’agresseur sexuel potentiel. Je l’ai constaté dans mes interviews, le viol est LA menace qui plane sur les femmes, la pire des violences. Et c’est un crime qui ne peut être exercé que par l’homme, la menace émane directement de son identité masculine. Le sociologue Kenneht F. Ferraro parle « d’effet d’ombre » pour évoquer cette crainte du viol qui imprègne tous les domaines de la vie des femmes. Dès lors, rien que le fait de croiser un homme inconnu peut éveiller cette crainte. A contrario, les autres femmes sont spontanément vues comme rassurantes.

C : Or, les statistiques témoignent que la grande majorité des violences, sexuelles ou autres, à l’encontre des femmes, se déroulent généralement dans l’espace privé, confiné, du couple ou de la famille… Par des conjoints, des connaissances, plus que par un inconnu croisé dans la rue...

MG : C’est la raison pour laquelle je pense qu’il faut vraiment distinguer le harcèlement de rue - et les violences qui en découlent - du sentiment d’insécurité, qui concerne la grande majorité des femmes et qui naît selon moi d’un imaginaire collectif, entretenu, inconscient. Dans la plupart des témoignages que j’ai recueillis, les situations où les femmes se sentaient en insécurité étaient en décalage par rapport aux situations où elles avaient effectivement vécu une agression. Les situations d’agression réelle dans l’espace public se passent en effet plutôt dans des endroits fréquentés, en pleine journée, parfois même alors qu’elles étaient accompagnées. Quant aux conditions qui leur font peur, c’est le noir, la nuit, être seule, les petites ruelles, les coins sombres… ce n’est pas leur quotidien, ce n’est pas leur réalité. L’imaginaire joue donc énormément, les femmes le reconnaissent et elles le disent elles-mêmes : « Je me fais des films »… Elles ont vraiment des difficultés à se libérer de cet imaginaire.

C : Mais parce qu’il ne vient pas de nulle part, cet imaginaire. Il est entretenu, alimenté : par les médias, les faits divers, par la publicité… Par la culpabilisation des victimes aussi, quand malheureusement il y en a, avec des phrases comme « Mais qu’est-ce qu’elle faisait à cette heure-là toute seule ?! »

MG : Et la question du rôle de l’entourage est aussi vraiment très intéressante. On peut dire qu’un entourage trop protecteur devient agresseur, parce qu’il crée un sentiment de peur et d’insécurité en inspirant tout le temps à la femme ce besoin d’être accompagnée, d’être protégée dans l’espace public ! Une de mes témoins m’a raconté qu’un soir, assez tard, elle voulait rentrer chez elle à pied de chez des amis et, alors que c’était une distance qu’elle pouvait tout à fait parcourir en marchant, ceuxci insistaient lourdement pour qu’elle appelle un taxi, ils ne voulaient absolument pas qu’elle rentre seule. Elle, ça l’a vraiment fâchée et elle est rentrée à pied malgré eux… alors qu’elle avait peur ! Mais elle ne pouvait pas accepter l’idée qu’elle soit contrainte à prendre un taxi au lieu de marcher. L’entourage a peut-être les meilleures intentions en voulant raccompagner ou en appelant un taxi, en disant « tu peux dormir ici »… mais en même temps, il entretient cet imaginaire de dangerosité et renforce le sentiment d’insécurité. C’est la question de la prise de risque : est-ce que c’est une réelle prise de risque ou bien est-ce que c’est un risque fantasmé, voire suggéré ?

Ce qui est intéressant à questionner aussi c’est pourquoi, lorsqu’il y a agression, comme dans le cas du harcèlement de rue, la principale réaction des femmes est la fuite et le renforcement du sentiment d’insécurité. Pourquoi pas la colère, l’agressivité ou la volonté de se battre, de ne pas se laisser faire, de se défendre… ? La réponse de la femme est bien souvent le repli, l’enfermement, la limitation, les restrictions, la culpabilisation, plutôt que l’action, la réaction contre l’agresseur. S’il est évident qu’il y a des identités qui sont imposées tant aux hommes qu’aux femmes et qui leur prescrivent une certaine manière d’agir et de se comporter, l’impact est beaucoup moins limitant sur les hommes que sur les femmes. C’est une évidence quand on évoque le partage de l’espace public. Une autre manière de le dire est que, s’il y a des assignations qui pèsent sur les hommes comme sur les femmes, les effets de ces assignations en terme de discriminations et d’impacts sur le vivre ensemble sont complètement déséquilibrés, au détriment des femmes. Pour appréhender la globalité du phénomène, il faut prendre en considération à la fois sa source (les assignations) et ses effets (les discriminations, le sentiment d’insécurité…).

C : Tu évoquais la question de l’identité : est-ce que dans les interviews que tu as menées, tu as perçu l’influence d’une dimension culturelle de l’espace public, d’un quartier ou de ses occupant-e-s, sur le sentiment d’insécurité et le vécu des femmes ?

MG : Ce qui ressort des entretiens, c’est que le sentiment d’insécurité, s’il n’est pas omniprésent à Bruxelles, ne se limite pas à certains quartiers, présumés « chauds » ou dans lesquels il y aurait une surreprésentation de la population maghrébine ou musulmane, par exemple… Certaines femmes faisaient le lien entre l’origine géographique ou culturelle des personnes qui les mettent en insécurité, ou avec certains quartiers culturellement connotés qui seraient du coup perçus comme plus dangereux que d’autres, mais c’est principalement la dimension socioéconomique d’un espace qui influence leur ressenti. Elles vont se sentir moins à l’aise dans un quartier où des gens traînent dans la rue, inoccupés, où c’est délabré, sale… J’ai aussi voulu diversifier un maximum les profils des femmes que j’ai interrogées (origine, nationalité, situation socio-économique…). Cela a certainement joué un rôle dans cette relativisation de la dimension culturelle.

Mais on ne peut nier qu’il y a des cultures où la femme est plus fortement assignée à l’espace domestique et où, par conséquent, les hommes investissent encore davantage l’espace public, avec des quartiers monopolisés dès lors par les hommes. Et quand une femme traverse un
de ces endroits, elle peut ressentir un malaise, voire une menace, dans les regards portés sur elle, d’autant plus si son apparence, sa tenue vestimentaire, ne correspond pas aux codes culturels des habitants du quartier. Une des femmes que j’ai interrogées évoquait ce ressenti. Elle est blonde, grande et lorsqu’elle est allée voir des amis à Schaerbeek, ils lui ont déconseillé de rentrer seule le soir : « Toute seule ici après telle heure, tu te ferais remarquer, ce serait dangereux, tu ne passerais pas un bon moment... ». Encore une fois, il y a l’impact réel et supposé de l’environnement, mais il y a aussi les réactions de l’entourage proche, habitant le quartier et portant un regard sur sa dangerosité.

C : On a évoqué tout à l’heure la notion de mobilité, y a-t-il une différence entre la manière de se déplacer des hommes et des femmes en ville ?

MG : Les femmes se déplacent en couloir, comme dit le géographe Yves Raibaud, elles consomment moins d’espace public que les hommes, qui s’étalent, prennent possession des lieux. Les hommes s’arrêtent dans l’espace, stationnent, tandis que les femmes passent, elles se déplacent d’un point A à un point B. Elles évitent ainsi de paraître accessibles : elles sont toujours occupées. Je me suis intéressée à cette dimension qui touche à la qualité de vie, à la manière dont les femmes se sentent au moment du déplacement. Elles ont tout un tas de comportements, parfois peu visibles, qui visent à donner cette image de non-accessibilité : paraître préoccupée, avoir des écouteurs sur les oreilles, lire, faire semblant de parler ou parler réellement au téléphone… Mais tous ces subterfuges limitent aussi les possibilités que leur offre l’espace public urbain au niveau des activités, des rencontres, des échanges.

Parce que les femmes ont l’impression de devoir se fermer et de regarder leurs pieds plutôt que le ciel pour être en sécurité.

Sources :
GILOW M. (2014) Mobilité des femmes et sentiment d’insécurité en milieu urbain bruxellois : enjeu spatial, enjeu social, mémoire présenté en vue de l’obtention du diplôme de Master complémentaire en Urbanisme et Aménagement du territoire , Ecole Polytechnique de Bruxelles.



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