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Quand des enfants porteurs de handicaps rencontrent des enfants dits ordinaires dans un centre de vacances d’intégration

Quand des enfants porteurs de handicaps rencontrent des enfants dits ordinaires dans un centre de vacances d’intégration

Les centres de vacances sont des lieux d’activités, de développement individuel et social, des lieux accueillant beaucoup d’enfants uniques en leur genre, tous différents les uns des autres... Qu’en est-il alors d’un centre qui accueille, en plus de la diversité d’enfants dits ordinaires, un certains nombre d’enfants porteurs de déficience légère à modérée ?

Depuis plusieurs années maintenant, les CEMEA organisent à Pâques un centre de vacances d’intégration qui rassemble des enfants handicapés et des enfants non-handicapés. Il se déroule en collaboration avec les animateurs de la ferme du Monceau, château-ferme du XVIIe siècle bâti autour d’une vaste cour carrée ouverte sur les bois et les champs. Les espaces de vie y sont pensés pour favoriser l’accessibilité de tous, valides et moins valides. En plus des activités manuelles d’expression et de construction, des jeux d’intérieur et d’extérieur, certaines activités participent à la vie de la ferme. Le terme « intégration » n’est pas à prendre dans le sens d’une assimilation ou d’une incorporation, car il s’agit bien d’un lieu où cohabitent des différences qui sont reconnues.

Ce type de centre de vacances nécessite plus qu’un autre un temps de préparation et de rencontre préalable. L’inconnu fait peur, déstabilise parfois. Ceci est vrai pour chaque enfant, mais d’autant plus s’il est porteur d’un handicap. Aussi, l’équipe d’animation doit constamment réfléchir aux structures, aux règles de vie, à un cadre « contenant » et sécurisant. Avant le départ, les enfants handicapés et leurs parents ou éducateurs rencontrent individuellement le coordinateur du centre. Celui-ci veillera aux potentialités qu’a chaque enfant de s’insérer dans un groupe, d’entrer en relation avec les autres. Une journée de rencontre est ensuite organisée entre tous les parents, tous les enfants et l’équipe d’animation. C’est lors de cette journée que les parents transmettront les recommandations aux animateurs, poseront leurs questions, indiqueront les choses importantes concernant leur enfant. C’est aussi pour l’enfant l’occasion de voir avec qui il passera huit jours et d’être rassuré sur le lieu où il va se rendre. Un centre d’intégration se prépare, il s’inscrit dans une continuité : les enfants arriveront avec déjà des points de repère. L’équipe d’animation quant à elle, se réunit une fois autour du projet du centre et participe à un ou deux week-end de formation pour comprendre ce qu’implique la notion de handicap et préparer l’accueil des groupes en installant les lieux à la ferme. Tous réfléchissent à la façon dont ils parviendront à ce que chaque enfant (handicapé ou non) participe aux activités, à la vie du centre et trouve sa place dans le groupe.

Le trajet vers la ferme du Monceau se fait en train. Le jour du départ, il y a beaucoup de monde sur le quai de la gare, l’air est chargé d’électricité et d’excitation. Chacun découvre ou retrouve ceux avec qui il passera la semaine... Les animateurs sont attentifs et vigilants, ils observent déjà la dynamique qui s’installe.

Pendant toute la durée du centre, l’équipe d’animation va tenter de trouver le difficile équilibre entre, d’une part, la prise en compte de tous les enfants, dont les enfants porteurs de handicaps, la reconnaissance des potentialités et des compétences réelles de ceux-ci, leur suivi individualisé et, d’autre part, la mise en place de règles de vie, de structures communes à l’ensemble du groupe... Le premier travail pour l’animateur sera de réaliser qu’un handicap n’est pas total : un trisomique aura effectivement des difficultés à courir longtemps, mais parviendra peut-être à rester très concentré dans une activité d’expression manuelle. Les animateurs qui n’ont pas encore pu éprouver concrètement les limites de leurs interventions éducatives, devront apprendre à ne pas attendre de la part des enfants handicapés - et des autres - des choses qui sont au delà de leurs capacités.

Plus qu’ailleurs, il est important que l’animateur soit à l’écoute de chacun, qu’il lui permettre d’être ce qu’il est et qu’il prenne en compte les problématiques propres au groupe. Un groupe constitué d’enfants handicapés et d’enfants valides suscitera peut-être d’autres préoccupations qui seront abordées d’une autre manière. Des interrogations peuvent être soulevées : la question de la pudeur, des limites corporelles, de la sexualité brute ; celles aussi de la différence et de la peur de l’autre... Par exemple, un garçon handicapé, trisomique, veut s’asseoir à table près d’une petite fille. Celle-ci refuse en bloc, arguant qu’elle ne veut pas être assise près de lui, qu’il n’est pas beau... L’animateur devra permettre à cette petite fille d’exprimer, sans la culpabiliser, ses craintes, son dégoût, son refus, mais il devra également offrir la possibilité au garçon de dire son envie de compagnie et de compréhension. C’est ainsi qu’un dialogue s’installera... La structure des groupes est pensée de sorte que ces rencontres soient valorisées, que des relations s’établissent entre l’animateur et chaque enfant, que l’animateur puisse être entièrement disponible pour un enfant si nécessaire. Afin de garantir la qualité du soutien, du suivi de tous les enfants par l’animateur, les groupes ne comportent pas plus d’un tiers d’enfants handicapés. Les animateurs collaborent en binômes de façon à ce que, si un enfant a besoin de toute l’attention d’un adulte pendant un moment, il puisse sortir du groupe avec son animateur référent sans que les autres enfants n’en pâtissent. Ce travail en équipe est à la fois riche et complexe : les animateurs se complètent, échangent, se soutiennent, mais doivent aussi vivre le quotidien à deux, se faire confiance l’un l’autre, déléguer parfois…

Les activités proposées tiennent compte de l’ensemble du groupe, des envies, des compétences, elles permettent à chacun de participer dans la mesure de ses moyens. Elles sont en lien avec la vie de la ferme et la nature : les enfants soignent les animaux, consomment les produits fabriqués sur place, font de l’équitation... Qu’ils soient handicapés ou valides, les enfants se partagent les tâches, vivent ensemble des émotions et des expériences nouvelles. En effet, chaque enfant, au delà des différences, ne se sent-il pas interpellé à voir naître un veau, ne prend-il pas du plaisir à parcourir la campagne à pied ou à cheval ? Tous ont la même capacité à humer l’odeur sucrée du pain qui cuit, à récolter des pommes de terre, à apprendre à traire les vaches dans la chaleur de l’étable. C’est alors que naissent la complicité, l’entraide et parfois, l’amitié.

Ce centre permet aux enfants handicapés, comme aux autres, de vivre d’autres modes de relations de manière sensible et dynamique. Il offre un autre cadre, une autre façon de vivre : un « temps de vacances » pour tous.



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