Secteurs Nos publications Et si l’École... Chronique mensuelle du Secteur École des CEMÉA « Une bonne école est une école qui donne beaucoup de devoirs ! »

« Une bonne école est une école qui donne beaucoup de devoirs ! »

« Une bonne école est une école qui donne beaucoup de devoirs ! »

T’as fait tes devoirs ? » Combien de fois par semaine un enfant entend-il-elle cette phrase ? Par ses parents, son instituteur-trice, l’accueillant-e extrasolaire… Des dictées aux exercices de mathématiques en passant par la récitation, les enfants sont confronté-e-s tous les jours à ramener un peu de l’école chez eux-elles. Focus sur ce moment du quotidien à coincer entre le bain et le souper.

Petit détour par la Circulaire n°108, qui organise le travail à domicile pour l’école fondamentale, rédigée en 2002, souvenir Jean-Marc Nollet. Pour l’enseignement maternel, la règle est assez claire : les travaux à domicile sont interdits et dans la réalité, plutôt rares. Pour les élèves du primaire, la réglementation est répartie comme suit :

- Durant les deux premières années primaires, les devoirs sont interdits, mais certaines activités sont autorisées : lecture ou une courte présentation à son entourage de ce qui a été construit, appris, réalisé en classe. Rien de plus !

- A partir de la 3e primaire, une condition est posée : les travaux à domicile sont autorisés si l’enfant est en capacité de les réaliser seul-e, sans l’aide d’un adulte. De plus, ils doivent être pensés comme le prolongement d’apprentissages déjà réalisés en classe. Et dans l’optique de l’indispensable différenciation, chaque élève doit être pris-e en compte dans son niveau de maîtrise et son rythme. Par conséquent, rien n’impose que chaque enfant doive réaliser le même travail que les autres. Enfin, la durée journalière ne peut excéder 20 minutes en 3e et 4e et 30 minutes en 5e et 6e primaire. Ajoutons que les devoirs ne peuvent en aucun cas donner lieu à une cotation ni être donnés la veille pour le lendemain (sauf exception).

Si nous nous penchons un instant sur la réalité vécue par les enfants, elle semble, la plupart du temps, être bien éloignée de ce cadre légal ! Cette pratique a des implications dans la vie de famille, la vie de l’école, la vie de l’enfant. Lesquelles ?
Les devoirs prennent de la place dans la vie familiale. A peine rentré-e-s de l’école, les enfants s’installent, journal de classe à l’appui, pour organiser ce moment de travail. S’en suivent le repas, le bain, le coucher et le lendemain, c’est reparti pour un tour ! Dans une société où les journées de travail des parents sont longues et les routes bouchées, la réalité est à peine caricaturée. Nous nous interrogeons alors sur la place que peuvent prendre les apprentissages non-formels, les loisirs, le temps libre, le repos dans des journées bien remplies. Pour rappel, la Convention Internationale des Droits l’Enfant (CIDE) consacre aux enfants le droit au loisir et au repos ainsi qu’à l’égalité des chances en matière d’éducation. L’école, en s’externalisant à la maison par le biais des travaux à domicile, empêche les enfants de profiter au maximum de leur temps pour y vivre leurs droits.

Au-delà du temps pris, rares sont les travaux permettant à l’enfant de s’adonner à cette tâche seul-e. Pourtant, les parents sont des parents,pas des profesionnel-le-s de l’éducation. Et, quant bien même ils-elles le seraient, c’est en qualité de parent qu’ils-elles prennent soin de leurs enfants. Les devoirs exigent que les parents soient suffisamment compétent-e-s, intéressé-e-s, averti-e-s et en maîtrise pour accompagner leurs enfants dans cette démarche. Ce n’est pas la réalité de toutes les familles. De nombreuses études ont démontré, à plusieurs reprises, que les enfants qui sont le plus en difficulté à l’école sont également ceux-celles dont les parents sont le moins en capacité de les aider à réaliser ces travaux. La conclusion qui s’impose est que cette pratique ne fait que renforcer les inégalités entre les enfants. Ce constat va à l’encontre du droit à l’égalité des chances en matière d’éducation et des missions allouées à l’école par le Décret Missions.

Les enfants passent déjà de longues journées à l’école, en classe, lieu privilégié pour s’approprier les apprentissages scolaires et les compétences définies dans le Socle des Compétences et les programmes des différents réseaux. Cette mission est de la responsabilité des enseignant-e-s en charge du groupe classe. Pas celle des parents ! Si l’intention est de créer du lien entre la maison et l’école, alors il existe d’autres moyens et possibilités qu’il faut réfléchir au sein des équipes pédagogiques. L’école ne peut, en aucun cas, exiger que les parents accomplissent ce travail d’apprentissages qui est le sien.
Un prétexte souvent entendu est « qu’il faut préparer les enfants aux études secondaires ». Pourtant, créer un lien de dépendance entre les parents et leurs enfants pour réaliser leurs devoirs n’est certainement pas un moyen de permettre à ces derniers-dernières de devenir autonomes et de gérer eux-elles-mêmes leur temps de travail. De plus, si la crèche prépare à la maternelle, que la maternelle prépare au primaire, que le primaire prépare au secondaire, que le secondaire prépare aux études supérieures qui elles-mêmes préparent au travail, alors quand est-ce que les enfants vivent ce qui correspond à leur âge, à leur développement, à leur maturité, à leurs émotions, à leurs centres d’intérêt ? Si constamment les adultes pensent l’étape d’après, comment peuvent-ils-elles proposer des situations d’apprentissages en adéquation avec ce que sont chacun-e des enfants du groupe classe ? Il est plus qu’urgent de se poser, de prendre le temps et de se calquer sur le rythme des enfants plutôt que de vivre dans l’anticipation de la suite sous peine de passer à côté d’une des missions de l’École.

Secteur École des CEMÉA

« Certains enfants ont une journée plus longue que celle d’un adulte salarié.
Pour trop d’enfants, c’est la double peine ! Les « bons élèves » font rapidement leurs devoirs, mais plus l’enfant a des difficultés scolaires plus il passera du temps à les faire. Il pourra se décourager, se sentir « nul » et ainsi seront semées les premières pierres du décrochage scolaire. »
Catherine Chabrun

Le secteur École des CEMÉA, c’est :

- des formations continues pour enseignant-e-s

- des formations à la demande

- un festival du film d’Éducation à Bruxelles du 14 au 17 décembre à Bruxelles

- un espace de réflexion et d’action autour de l’École

- deux évènements autour de la biennale de l’Education Nouvelle les 2 et 5 novembre

Pour tout contact : ecole cemea.be



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