Secteurs Nos publications Textes du CEME’Action Expériences de terrain Une cabane n’est pas qu’une cabane...

Une cabane n’est pas qu’une cabane...

Lundi, 14 heures

La plaine de vacances prend ses quartiers depuis le début de la matinée. Alors que certains enfants découvrent les lieux, d’autres retrouvent les coins et recoins qu’ils avaient explorés l’été dernier.

Quelques-uns d’entre eux retournent sur le lieu de leur ancienne cabane. Ils y avaient passé du temps, y avaient construit et imaginé toutes sortes d’histoires. Une année s’est écoulée et ces enfants ont bien grandi. Bien plus que pour y jouer ou s’y conter des histoires, ils se réapproprient les lieux, planifiant cette fois quelques travaux d’aménagement plus conséquents : « On voudrait imaginer un système de poulie qui nous permettrait de monter du matériel dans la cabane... Et y construire table et chaises pour y manger aussi. On a plein de choses à y faire, on pourrait y passer toute la journée ! »

Les choses sont sérieuses ! Car pour ces enfants, dès ce premier jour de plaine, la cabane n’est pas juste un objet de rigolade. Ils y projettent déjà de nombreuses évolutions... et d’ailleurs, de « cabane », ils en viennent rapidement à parler de leur « camp » (appellation chargée, quand on a 8 ans).

Lundi, 19 heures
L’équipe d’animation se réunit pour évaluer cette première journée. Et la question apparaît : laissons-nous jouer les enfants librement dans la cabane ? Car, il faut le préciser : celle-ci est perchée au-dessus d’un mur, cachée au milieu des buissons. Il faut grimper jusqu’à la cabane pour avoir une vue complète sur celle-ci.

Ce mur, ou plutôt le risque de chute du haut de celui-ci, est craint par plusieurs animateurs. L’équipe est partagée entre sécurité et intérêt des enfants... et laisse momentanément sa décision en suspens, pour se donner le temps d’observer comment les choses se passeront les jours suivants.

Mardi, 10 heures
Poulie installée, du matériel peut être acheminé du bas vers le haut du mur. Le sol est dégagé au balai, des cloisons végétales se dessinent...

« Les filles n’y sont pas les bienvenues ! », s’exclament certains. « La cabane est pour tout le monde ! », répondent les autres. « Ok, tout le monde peut y aller, mais seulement en donnant le mot de passe ! », proposent finalement les premiers.

Un bruit et une effervescence se perçoivent, même de loin. Des cris de joie, des cris de colère, des négociations de toutes sortes... Cette cabane reflète progressivement la vie du groupe d’enfants, ses ententes et mésententes, ses accords et désaccords.

Certains jeunes animateurs hésitent à intervenir, à interdire ou à laisser faire. D’autres, plus expérimentés, cherchent à faire retomber la tension, à apaiser les relations, à détendre l’atmosphère.

Mercredi, 11 heures
Même effervescence, même joie, même activité. Jusqu’à ce que la coordinatrice du centre soit interpellée à plusieurs reprises par une voisine toute proche, un responsable communal et quelques parents, qui ne comprennent pas que des enfants puissent jouer dans un tel endroit, qualifié par ceux-ci de « dangereux ».

Le mur devient le centre de toutes les préoccupations et la cause de nombreux désaccords, y compris au sein de l’équipe. Certains animateurs voudraient qu’on empêche l’accès à la cabane, d’autres y voient les enfants si heureux et investis qu’ils la défendent tant qu’ils peuvent.

La coordinatrice tente alors un compromis : la cabane reste libre d’accès, mais l’espace est légèrement diminué, de manière à ce qu’aucun enfant ne longe le mur de trop près et ne risque de tomber. Afin de rendre cette limite plus concrète pour les plus jeunes, un animateur la marque en suspendant une corde sur tout le pourtour de la cabane.

Mercredi, 14 heures
Un enfant particulièrement impliqué dans le développement du camp propose à la coordinatrice de remplacer la corde par une véritable paroi. Il s’agit alors de réfléchir à sa construction... Où trouver des branchages en suffisance ? De quel outil s’aider pour construire la barrière ? Quelle technique de noeuds utiliser pour que celle-ci soit solide ?

Une bêche est amenée à la plaine, ainsi qu’une corde bien résistante. Les enfants poursuivent leurs aménagements. Un hamac vient également prendre une place de choix au centre du territoire : « Au moins, comme ça, on ne sera plus debout le long du mur, mais on sera allongé à contempler toute la plaine à nos pieds ! »

Et les filles ? Déçues et vexées de n’avoir pu entrer dans la cabane la veille, elles ont décidé de construire « une autre cabane pour les filles et tous ceux qui n’ont pas pu jouer dans le camp des garçons ! »
Un autre territoire s’écrit, une autre histoire commence, avec tout autant d’effervescence que la première, en témoignent les joues rouges et les vêtements salis des filles au retour du jardin !

Mercredi, 20 heures
L’équipe d’animation constate l’énergie déployée par les enfants autour de ce camp, mais aussi la somme d’idées dont ils font preuve pour l’améliorer. Seconde observation : les tensions apaisées au fil du temps laissent peu à peu place à des liens de plus en plus forts entre les enfants.

Les animateurs ne sont pour autant pas encore tous à l’aise avec l’idée de laisser les enfants aller et venir, transporter des scies et des haches, construire des barrières, marcher le long du mur, se disputer la place dans la cabane...

Si ces craintes sont celles des adultes et non celles des enfants, la coordinatrice de l’équipe ne peut faire comme si elles n’existaient pas. Dans la formation pratique des animateurs sur le terrain, laisser les enfants prendre l’initiative de leur activité et leur faire confiance dans des situations qui pourraient être dangereuses pour eux, est un apprentissage délicat et progressif. Il ne s’agit pas d’interdire, ni de contraindre, mais de définir un cadre, de poser des règles et d’accompagner les enfants avec bienveillance dans la compréhension et le respect de celles-ci. Une telle réflexion prend du temps et nécessite la répétition de nombreuses expériences.

Comment alors soutenir l’initiative des enfants, tout en écoutant les difficultés des animateurs ? Comment garantir la sécurité de chacun ? Comment encourager le déploiement de leur activité, sans que ça ne génère systématiquement tensions, voire conflits et disputes ?

Un nouvel accord est pris au sein de l’équipe : un animateur sera présent à proximité de la cabane à chaque moment de la journée où celle-ci est investie. Cette présence est envisagée comme un accompagnement des enfants dans leur activité et comme possibilité de rassurer les animateurs et les parents inquiets, et non comme une « surveillance » au sens strict du terme.

Jeudi, 9 heures
Un animateur est installé avec les enfants dans le camp. Une conversation s’anime avec celui-ci, puis entre enfants. Ils vont et viennent, poursuivent leurs aménagements, y jouent, expliquent tour à tour leurs idées, s’y racontent des blagues. Ce lieu n’est plus uniquement celui de la construction, ni celui de la dispute, mais il est devenu un véritable lieu de vie au sein de la plaine.

Jeudi, 16 heures
L’adulte n’est plus vraiment nécessaire dans la cabane. Il s’en écarte, jouant au ballon avec des enfants à quelques mètres de là. Il est disponible si on l’appelle, mais sa présence physique ne semble plus aussi nécessaire qu’elle ne l’était encore le matin même. En effet, les enfants ne le sollicitent plus, n’attendent plus sa présence pour faire vivre le camp.
Le hamac joue toujours un rôle important au coeur du lieu et quelques règles garantissent son usage : « C’est chacun son tour ! Et ceux qui y ont été le matin laissent les autres y aller l’après-midi. »

Le camp vit. On s’y repose, on y écoute des histoires. On s’y raconte l’atelier cerf-volant du matin ou les jeux de cache-cache de l’après-midi.

Les parents, tranquillisés par l’intérêt que les animateurs ont porté à leurs craintes, y montent à leur tour quand vient l’heure de récupérer leurs enfants. Ils y découvrent un coin de nature au centre de la plaine, n’y voient rien de dangereux, mais simplement quelques enfants portés par leur projet.

Vendredi, 18 heures
La première semaine de plaine s’achève. Plus de cris, plus de mouvements. Finies les constructions, finie l’effervescence. Les enfants sont rentrés chez eux et les animateurs rangent et clôturent ces premiers jours d’expérience.

Malgré cette sensation particulière qui marque la fin de quelque chose, la cabane est toujours là. Le hamac y est toujours installé, un début de cloison a été construit, une bêche et une brosse y sont rangées. Un fanion trône en haut du mur, on peut l’apercevoir à l’autre bout du domaine.

La cabane est au repos, endormie… Elle attend les autres groupes, les autres enfants qui investiront ses murs, qui la feront résonner de rires, de disputes et de secrets. Et ce durant tout l’été...



Enregistrer au format PDF flux RSS
Recherche
Notre actualité
Connexion
Créer un compte
Facebook
Abonnement
Recevoir la lettre d'infos
Mais aussi...



Copyright 2014 - © CEMEA | Tous droits réservés

réalisé par Vertige