Les journées sont morcelées en différents temps, avec différent-e-s adultes, dans différents groupes et lieux. L’école et son organisation s’articulent autour de ces moments qui rythment la journée et, par conséquent, autour des adultes qui les encadrent. Tantôt de l’accueil extrascolaire, tantôt du temps scolaire.

Un réel temps d’accueil régit par un décret

Au regard des rythmes de notre société et des contraintes horaires des parents, l’école a dû élargir ses plages d’accueil pour les enfants. Le temps scolaire ne s’est pas allongé, mais un autre a vu le jour, celui de l’accueil extrascolaire. S’il y a vingt ans, c’était une maman ou une grand-mère du village ou du quartier qui s’occupait bénévolement des bambins le matin, le midi et le soir, aujourd’hui, ce sont des professionnel-le-s formé-e-s qui s’en chargent. Depuis 2003, il existe un décret qui organise l’Accueil Temps Libre et, notamment le temps extrascolaire, encore souvent appelé erronément «  la garderie  ». Ce texte légal affirme la dimension fondamentale de ces moments si particuliers. Il ne s’agit pas d’une salle d’attente, où les enfants patientent avant que l’école ne commence ou que les parents arrivent. Il est question d’un vrai temps, intéressant et éducatif. C’est pourquoi, aux CEMÉA, nous ne disons plus «  garderie  », mais bien accueil temps libre ou extrascolaire. Les mots sont loin d’être anodins : ils ne renvoient pas aux mêmes représentations. Il ne s’agit pas de garder des animaux dans un enclos, mais bien d’accueillir des individus en pleine construction dans un temps libéré et structuré en dehors des contraintes scolaires. Toutefois, l’amalgame est vite fait entre importance et rendement. Il ne faut pas tomber dans l’écueil de remplir ce temps libre par des programmes d’activités, mettant sous pression les adultes qui doivent les organiser et les enfants qui sont alors obligé-e-s d’y participer.

Un temps réfléchi et organisé fait de responsabilités

Ces moments extrascolaires sont sérieux et tout aussi primordiaux que le temps scolaire  ! Ils sont également chargés affectivement. En effet, lors de l’accueil du matin, l’enfant vit une séparation avec son parent. Pour les plus jeunes, la séparation génère souvent angoisses et pleurs. Pour les plus grand-e-s, même si elles-ils le manifestent moins, ce n’en est pas moins difficile. Les accueillant-e-s se trouvent donc dans une position toute particulière, puisqu’ils-elles sont confronté-e-s à l’accompagnement de ces séparations, mais aussi à d’autres responsabilités : recevoir une série d’informations à transmettre de la part des parents, aménager les locaux, proposer des activités, permettre aux enfants qui ne l’ont pas encore fait de déjeuner… La situation est similaire en fin de journée. Entre les devoirs des un-e-s, les besoins de souffler des autres, l’aménagement des activités et de l’espace, la gestion de l’intérieur et de l’extérieur et le suivi des départs, le planning est chargé. Les parents qui viennent rechercher leur enfant sont en demande d’informations sur la journée, les accueillant-e-s dans le besoin d’en transmettre, les enfants qui restent nécessitent de l’attention. Quelle mission cruciale et complexe  !

Une fonction essentielle pourtant encore mal considérée

De plus, si on fait le calcul, les accueillant-e-s passent en réalité beaucoup de temps avec les enfants. Non seulement sur une journée, mais aussi sur toute leur vie à l’école, parfois même plus que les enseignant-e-s. Souvent, les accueillant-e-s s’occupent de tou-te-s les enfants de maternelle ou de primaire. Elles-ils les voient grandir, évoluer au quotidien. Pour certain-e-s enfants, ces adultes jouent un rôle de référence avec qui ils-elles ont tissé des liens forts, ont partagé des secrets, des émotions, sont en relation différemment. Pourtant, cette fonction reste peu considérée dans les équipes éducatives. Rares sont les accueillant-e-s qui participent aux réunions rassemblant les enseignant-e-s et la direction ou aux conseils d’école. Rares aussi ceux et celles qui ont un casier dans la salle des profs ou dont le prénom est cité lors de la présentation de l’équipe aux parents… Cela montre que l’école ne considère pas les accueillant-e-s comme des professionnel-le-s de l’éducation, partenaires essentiel-le-s dans sa mission d’éducation et d’instruction. Peu de choses sont donc collectivement réfléchies et mises en place pour assurer les transitions entre les différents moments et faire du temps à l’école (scolaire et extrascolaire) un ensemble cohérent et continu.

Les enfants traversent la journée sans que les choses soient pensées en termes de continuité. Chacun-e y va à sa sauce : les règles, les fonctionnements varient d’un temps ou d’un adulte à l’autre alors que, parfois, les enfants restent dans le même espace (classe, réfectoire…). Difficile pour les enfants de comprendre et de s’adapter en permanence  ! On attend d’eux-d’elles un effort supplémentaire à fournir, alors que d’autres choses absorbent déjà toute leur concentration, leur énergie, leur personne : être en activité, respecter les consignes, gérer leurs émotions, investir dans les relations… Trop peu de structures permettent aux accueillant-e-s et aux enseignant-e-s de se croiser et de se mettre d’accord pour faire vivre aux enfants une journée qui soit la moins morcelée possible afin qu’ils-elles puissent éprouver cette cohérence continue dont ils-elles ont besoin, comme tout être humain, pour se sentir en sécurité et évoluer.

Il est donc nécessaire qu’enseignant-e-s et accueillant-e-s se considèrent chacun-e comme membre à part entière de l’équipe éducative et comme partenaires à l’école pour les enfants. Notamment en réfléchissant ensemble aux besoins des enfants durant le temps à l’école et aux moyens pour y répondre, au mieux, dans un accueil collectif. En pensant et portant collectivement un cadre clair qui envisage les règles proposées dans les différents moments, le partage des locaux et espaces extérieurs pour qu’ils appartiennent avant tout aux enfants… En instaurant des outils de communication pour échanger des informations sur les enfants et pouvoir les transmettre aux parents. Ainsi, chaque professionnel-le pourra être considéré-e dans sa fonction et l’ensemble du temps à l’école, en particulier l’accueil extrascolaire, gagnera la reconnaissance qu’il mérite. Les enfants seront aussi envisagé-e-s comme des personnes, dans leur globalité avec leur vécu et leurs besoins. Pas comme des cerveaux, comme des estomacs ou comme des jambes, selon les moments.

Vous pouvez retrouver cet article dans la Newsletter 100% ATL de l’ONE de juin 2020.

Pour plus d’informations, vous pouvez contacter le groupe ATL - Accueil Temps Libre, atl cemea.be

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