Habituellement, à cette époque, quand l’année scolaire touche presque à sa fin, les centres de vacances et autres activités de jeunesse se préparent : plaines, séjours, projets ou camps, les associations, mouvements de jeunesse ou autres pouvoirs organisateurs s’affairent à préparer des temps de vacances qui soient synonymes de plaisir, de repos, d’apprentissages, de découvertes, de rencontres et d’activités de pleine nature. Loin d’être des salles d’attente ou des garderies avant la rentrée de septembre, des espaces-temps collectifs tels que les centres de vacances sont de merveilleux lieux pour grandir. Vivre la collectivité dans un rythme tranquille et bienveillant, jouer, peindre, construire des cabanes, se reposer, rêver, flâner, créer, se faire des nouveaux copains, retrouver ses copines, partir à l’aventure sont autant d’expériences plus précieuses les unes que les autres. Au vu de la crise actuelle, sanitaire mais aussi sociale, ces vacances, qui étaient déjà à nos yeux une nécessité par le passé, constituent un besoin vital aujourd’hui. Organiser et maintenir les loisirs actifs cet été est en effet primordial pour permettre aux enfants et aux jeunes d’enfin trouver des réponses à leurs besoins de liens, de relations et d’activités, exacerbés par le contexte.

La situation inédite que nous traversons constitue un sacré challenge. Sanitaire certes, mais aussi et avant tout humain. Bien que nos relations sociales soient transformées, limitées, encadrées, contrôlées… il est nécessaire pour le bien-être et le développement de chacun-e de continuer à vivre des expériences variées, d’être confronté-e-s à des milieux divers, de faire des rencontres et de nouer des liens avec d’autres. Sur ce point, si les adultes
manifestent légitimement leurs difficultés et leur désarroi, les enfants et les jeunes font assurément partie des grand-e-s perdant-e-s du confinement généralisé.

Avec les écoles ouvertes à un nombre restreint d’enfants, les lieux de loisirs et les espaces culturels fermés, l’univers des enfants et des adolescent-e-s s’est réduit à l’enceinte du domicile, aux contacts familiaux nucléaires et à quelques fenêtres sur le monde au travers des écrans. La vie sociale et les apprentissages habituellement possibles au travers de l’école, des clubs de sports, des activités culturelles ou de loisirs, des événements publics et des rencontres amicales ou familiales, se sont arrêtées du jour au lendemain, malgré la bienveillance de la majorité des parents, professeur-e-s et autres acteurs-actrices de l’éducation. Tous les liens que les enfants et les jeunes tissaient et construisaient se sont interrompus ou ont été mis entre parenthèses.

De plus, les situations sont très inégales face à cet isolement. Certain-e-s vivent en appartement, d’autres dans une grande maison avec jardin, à la campagne ou en ville, au sein d’une famille nombreuse ou seul-e avec un parent. D’autres encore se retrouvent en institutions. Certaines familles sont prises à la gorge dans des situations de grande vulnérabilité, transmettant bien involontairement ce stress à leurs enfants. Sans compter l’inégalité d’équipement et d’usage des connexions internet et appareils numériques.

Parce que cette expérience est bouleversante, chaque enfant et chaque jeune doit avoir l’opportunité de vivre un vrai moment de vacances. Cet accès sans condition, démocratique, émancipateur et de qualité à des loisirs collectifs, assuré depuis des dizaines d’années par les camps, plaines et séjours de vacances est crucial pour cet été !

Bien entendu, au regard de l’ampleur de la crise sanitaire actuelle, le secteur devra mettre en place des dispositifs adaptés afin de rendre possibles ses activités. Il est donc urgent et nécessaire d’obtenir l’assurance, dès à présent, de pouvoir les organiser ! Il faut nous laisser le temps de nous préparer afin que les parents puissent nous confier leurs enfants en toute confiance et que les enfants arrivent et participent sur le lieu de vacances collectif le plus sereinement possible.

Outre la préoccupation sanitaire, c’est la dimension humaine qui doit guider nos réflexions pour préparer et envisager l’organisation de l’été. Les privations auxquelles les enfants et les jeunes ont été soumis‑e-s ces dernières semaines nous imposent de prendre soin d’eux-elles en permettant aux centres de vacances et autres projets à destination des jeunes et des enfants d’exister et de les accueillir dans les meilleures conditions possibles. Ainsi, il est de notre responsabilité de leur offrir des temps de vacances pour souffler après cette période de bouleversements, pour recommencer à partager des moments avec d’autres, pour grandir sereinement et à l’abri des pressions extérieures.

Les animatrices et animateurs, volontaires ou professionnel-le-s, méritent toute notre confiance pour mettre en place des mesures sanitaires raisonnables et proportionnées afin de permettre à chaque enfant et chaque jeune accueilli-e de vivre de vraies vacances, particulières mais joyeuses.

Signataires

Alter Visio, les Ambassadeurs d’Expression Citoyenne, Badje (Bruxelles Accueil et Développement pour la Jeunesse et l’Enfance) les CEMÉA, CJB L’Autre Voyage, le CJLg (Centre de Jeunesse Liège), COALA (Centre d’Organisation et d’Animation de Loisirs Actifs), la COJ (Confédération des Organisations de Jeunesse), les Compagnons Bâtisseurs, le CREE (Service de jeunesse spécialisé pour personnes sourdes et malentendantes), la Croix Rouge Jeunesse, Défi Belgique Afrique, Éducation Globale et Développement, Empreintes, la FCJMP (Fédération des Maisons de Jeunes en Milieu Populaire), la FESOJ (Fédération des Employeurs des Secteurs des Organisations de Jeunesse, des Fédérations de Centres de Jeunes et du Tourisme Social), la FFEDD (Fédération Francophone des Écoles de Devoirs), le Festival International de l’Enfance et de la Jeunesse, la FILE (Fédération des Initiatives Locales pour l’Enfance), Perrine Humblet et Benjamin Wayens - Observatoire de l’enfant de la Cocof, Jeunesse et Droits, les Jeunesses Musicales, la FMJ (Fédération des Maisons de Jeunes), For’J (Fédération de Maisons de Jeunes et Organisation de Jeunesse), les Jeunesses Scientifiques, la Ligue des Familles, Loupiote asbl, Nature et Loisirs, l’OEJAJ (Observatoire de l’Enfance, de la Jeunesse et de l’Aide à la Jeunesse), Florence Pirard - UR Enfances de l’Université de Liège, ProJeuneS (Fédération des Jeunes Socialistes et Progressistes), Résonance (Réseau Formation Jeunesse), le SIEP (Service d’Information sur les Études et Professions), Spéléo-J, l’Université de Paix, Youplaboum.

Pour plus d’informations, contact cemea.be

Une carte blanche que vous pouvez également retrouver sur La Libre.be ici