Un appel à faire vivre en somme, reprenant l’ambition chère à Ricoeur pour une société démocratique de se reconnaître « divisée », c’est-à-dire traversée par des contradictions d’intérêts, et qui se fixe comme modalité d’associer à parts égales chaque citoyen-ne dans l’expression, l’analyse, la délibération et l’arbitrage de ces contradictions.

Les CEMÉA se situent résolument dans la chose politique, dans la construction et l’évolution de la société. Faire du politique, ce n’est pas sale, dépassé, perdu, désuet...

C’est au contraire utile, urgent et nécessaire, face à un certain rejet de la politique (spectacle), face à l’impuissance ou à la fatalité que l’on tente de nous imposer, face aux portions congrues de pouvoir qui nous sont laissées, face à la montée des replis identitaires, face au désaveu d’une humanité planétaire solidaire, face à l’illusion d’une voie unique qui est la société de consommation qui substitue le pouvoir d’achat au pouvoir d’agir.

Utile, urgent et nécessaire au moment où des bouleversements sans précédents s’opèrent (climatiques, culturels...), où les sciences et techniques se déploient de manière fulgurante (tant dans la sphère du travail que dans la sphère privée) au service parfois d’idéologies interpellantes et où les inégalités se redéploient inexorablement.

Des inégalités criantes, illustrées par la distribution des richesses2 telle qu’effective à l’échelle du monde :

- 10% de la population mondiale possède 86 % des ressources disponibles ;

- 50% de la population mondiale ne possède (quasi) rien ;

- 40% de la population mondiale -la classe moyenne- se partage le solde de 14% des ressources mondiales.

Dans de telles proportions, inimaginables et horribles, la moitié de l’Humanité est niée, une toute petite partie s’enrichit sur le dos de tou-te-s les autres, et le reste joue des coudes pour se répartir (ou s’arracher ?) les miettes d’un gâteau partagé d’avance... Pitoyable tableau d’un système qui progresse si peu, voire régresse, avec le temps et malgré les avancées de tous ordres dans l’histoire de l’Humanité.

Ce tableau dressé, agir n’est plus un choix : c’est une nécessité.

Agir dans une perspective collective, pour renforcer le bien commun. Chose peu aisée en soi au moment où l’individualisation règne en maîtresse, où c’est la méritocratie qui domine, où la responsabilité de l’intégration et de la réussite repose essentiellement sur les individus, où la concurrence se retrouve dans le travail, à l’école, dans l’aide sociale...

Ce numéro du CEMEAction envisage le pouvoir d’agir par le prisme d’initiatives narrées par leurs protagonistes, par le questionnement de la place de l’associatif et de la culture dans la construction démocratique de la société, par l’ambition de refonder l’école pour éviter qu’elle ne soit une machine à reproduction sociale, par l’affirmation de la nécessité de prendre soin des personnes -dès leur plus jeune âge-, par le rejet du capitalisme comme projet radical de contrôle de notre société.

Appel à reprendre en main notre pouvoir d’agir, comme le suggérait déjà en 2008 « L’Appel des Appels » 3 de Roland Gori et Stefan Chedri :

« Nous, professionnels du soin, du travail social, de l’éducation, de la justice, de l’information et de la culture, attirons l’attention des Pouvoirs Publics et de l’opinion sur les conséquences sociales désastreuses des Réformes hâtivement mises en place ces derniers temps.
A l’Université, à l’École, dans les services de soins et de travail social, dans les milieux de la justice, de l’information et de la culture, la souffrance sociale ne cesse de s’accroître. Elle compromet nos métiers et nos missions.
Au nom d’une idéologie de « l’homme économique », le Pouvoir défait et recompose nos métiers et nos missions en exposant toujours plus les professionnels et les usagers aux lois « naturelles » du Marché. Cette idéologie s’est révélée catastrophique dans le milieu même des affaires dont elle est issue.
Nous, professionnels du soin, du travail social, de l’éducation, de la justice, de l’information et de la culture, refusons qu’une telle idéologie mette maintenant en « faillite » le soin, le travail social, l’éducation, la justice, l’information et la culture. »

Contre la résignation et l’assoupissement qui nous guettent : agir.

Contre la montée du populisme et le risque du 5repli sur soi : agir.

Contre le retour en force de certains déterminismes et d’idéologies nauséabondes : agir.

Pour élaborer des alternatives et réenchanter le monde et ses perspectives : agir !

L’Éducation Nouvelle en Mouvement

Réflexions, questions & mises en perspective

«  Pouvoir d’agir  »

SOMMAIRE

L’associatif comme pilier démocratique de notre société

Société capitaliste, tu ne nous auras pas !

Agir le monde par la culture, par l’émotion

Bien traiter...

L’école, gare de triage au service du pouvoir

Trajectoires