Devenue association internationale de droit belge en 1971 regroupant alors une quinzaine de pays, elle a tenu son premier congrès à Beyrouth en 1972. Les travaux de l’époque ont porté sur « l’apport de l’extrascolaire à la mutation de l’école ». La FICEMEA s’est ensuite étendue dans d’autres régions du monde, en Afrique, dans l’Océan Indien, en Amérique Latine, au Proche Orient... Espace affinitaire de croisement des expertises, la FICEMEA a longtemps joué d’influence sur la scène internationale auprès de l’UNESCO, du Conseil de l’Europe, de l’Agence intergouvernementale de la Francophonie ou encore du Forum Européen de la Jeunesse. De séminaires en rencontres, de formations en projets, de recherches en plaidoyers, la FICEMÉA constitue un outil d’affirmation d’une nécessaire « internationale de l’Éducation Active ». Cela s’est matérialisé depuis 2019 dans le soutien à Convergence(s)1 pour l’Éducation Nouvelle et la FICEMEA s’est vue honorée en 2024 en recevant le prix du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour la Démocratie et les Droits de l’Homme – Prix Roger Dehaybe. Plusieurs figures belges ont aussi conduit sa destinée en assumant la présidence de la Fédération, comme Marcel Hicter (1971-1979), Éliane Deproost (2003-2007), Roger Dehaybe (2007-2014) ou encore Yvette Lecomte (2014 – aujourd’hui) et les CEMÉA belges ont toujours soutenu administrativement la structure de droit belge en assumant la trésorerie de la fédération.

 

Mais aujourd’hui, la parole est laissée à son délégué permanent, Sylvain Dala, depuis le Bénin…

CEMÉA : Est-ce que tu es venu vers la FICEMÉA ou est-ce qu’elle est venue à toi ?
S :
D’entrée de jeu, on peut dire que c’est la FICEMÉA (FI) qui est venue vers moi. Avant de devenir son délégué permanent, j’étais coordinateur du Réseau Francophone de Lutte Contre la Marchandisation de l’Éducation (RFCME). Aujourd’hui, grâce à une convention signée entre la FI et d’autres membres du RFCME, je continue d’assurer l’animation, la coordination et l’activité du réseau, mais dans un temps limité. Le but de ce réseau est de faire un travail d’alerte, de veille,
d’information et de plaidoyer contre la marchandisation de l’éducation, la privatisation de l’éducation, et promouvoir le droit à l’éducation publique et gratuite. Ce réseau regroupe 317 organisations de la société civile issus de 43 pays différents. C’est ainsi que l’on s’est rencontré !
 
C : En quoi les enjeux sont différents entre ces deux structures (FICEMEA et RFCME) ?
S :
La FI, en tant que membre du RFCME, rejoint les enjeux de lutte contre la marchandisation de l’éducation. Dans les actions de plaidoyer, notre nombre est notre force, ainsi on va chercher des membres qui partagent notre vision et nos enjeux. La particularité de la FI, c’est de s’inscrire dans le mouvement de l’Éducation Nouvelle et de promouvoir l’éducation active et populaire.

C : Quels sont les enjeux de la FICEMÉA aujourd’hui ?
S :
Premièrement, celui de la lutte contre la marchandisation de l’éducation. Quand on sait qu’aujourd’hui plusieurs membres de la FI font face à une difficulté d’accès à l’éducation, c’est pour nous un enjeu majeur que l’éducation soit reconnue comme un bien et un droit social et non comme un outil de profit.

Nous recueillons des données pour travailler à l’élaboration d’un plaidoyer à mener sur le plan international.

Le second enjeu est celui de faire face à la crise mondiale. Les conflits, les instabilités, les bouleversements environnementaux touchent nos organisations membres et deviennent ainsi une préoccupation transversale.

Le troisième enjeu est celui de soutenir financièrement les membres visés par les politiques publiques restrictives. Par exemple, le fond Erasmus+ a connu cette dernière année un recul qui pénalise des structures des CEMÉA.

C : Et concrètement, comment la FICEMÉA peut-elle répondre à ces grands défis ?
S :
Nous développons un plaidoyer pour la lutte contre la marchandisation de l’éducation à travers la « Life Long Learning Platform2 ».
Nous sommes membres d’un organe de l’UNESCO qui regroupe les ONG, de même qu’à l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) ou au Forum Européen de la jeunesse. Nous y défendons notamment l’accès à l’éducation publique et gratuite. Nous organisons aussi les Biennales de l’Éducation Nouvelle où nous posons le débat d’une éducation pour tou-te-s. Nous visons également à promouvoir les échanges internationaux entre membres de la FICEMÉA pour soutenir le partage de réflexion, de pratiques et d’actions. Au sein de la FI, nous partageons une conception pédagogique et nourrissons des réflexions et des pratiques entre les membres.


C : Tu travailles actuellement depuis le Bénin ; en quoi ta situation géographique vient apporter à ton poste de délégué ?
S :
La FICEMÉA est divisée en 4 commissions : Afrique / Amérique Latine / Europe / Océan Indien et Caraïbes. Exercer le poste depuis l’Afrique de l’Ouest, contribue à redynamiser la commission Afrique. Je suis en contact avec le CAEB (Conseil des activités éducatives du Bénin), membre très actif de la FICEMEA, pour relancer les organisations membres du continent Africain. Cela reste un défi, mais l’essentiel est fait.

La mobilisation des membres est la principale difficulté du travail de la fédération internationale. Les raisons sont diverses : on peut parler de la question de l’intérêt au long terme pour la Fédération. Il arrive que les organisations membres développent des visions qui évoluent ou se sont affiliés dans le but d’accéder à des opportunités qui une fois atteintes ou n’étant plus opérantes, ne trouvent plus d’intérêt à s’investir dans la Fédération. C’est là mon rôle d’intervenir pour maintenir le lien entre la Fédération et ses organisations membres. Une autre raison est celle des ressources (matérielles, humaines, financières) pour être en mesure de répondre aux sollicitations que j’entre- prends.

C : Tu parlais de la mobilisation comme un défi de ton travail, tu en identifies d’autres ?
S :
Les ressources financières sont limitées. La FICEMEA fonctionne grâce aux cotisations de ses membres, et peut aller chercher des financements externes, mais cela reste peu pour organiser des mobilités par exemple. Une autre difficulté est la diversité des contextes : plusieurs pays, cultures et langues qu’il s’agit de faire dialoguer ! Il ne s’agit pas seulement de traduire les documents ou les interventions, mais de comprendre en profondeur la réalité de ce qui se passe pour chacun des membres.

C : Et tu as l’impression d’avoir les outils nécessaires pour faire face à ces défis ?
S :
Oui, mais pas à 100 %. Le fait d’être déjà passé par un réseau auparavant (de 43 pays), en comparaison, la petite trentaine de pays que représentent les membres de la FICEMEA, ça va ! Ce n’est pas évident, mais je donne le meilleur pour répondre aux attentes de tous les membres.
 

C : Est-ce qu’il y a une fierté que tu as envie de mettre en avant depuis ton arrivée il y a un an et quelques mois ?
S :
En arrivant, j’ai réactivé l’accès numérique à la FICEMEA. J’ai repris le flambeau et réactualisé les informations. Il y a aujourd’hui un site web qui est la vitrine de notre organisation, mais aussi une page Facebook et LinkedIn ainsi qu’une news-letter. J’actualise aussi la base de données et la cartographie des membres. J’ai par ailleurs relancé des membres dont on avait plus eu de nouvelles depuis un moment. Redynamiser la commission Afrique est très important également.


C : Comment se prépare la biennale pour l’Éducation Nouvelle ?
S :
Bien ! Elle se tiendra du 29 octobre au 1er novembre 2026 à Verone et est portée entre autres par la Fédération Italienne des CEMÉA. Son thème est « Réhumaniser l’éducation ». Nous avons déposé un projet Erasmus+ avec les membres italien-ne-s dans le but de financer les mobilités pour l’occasion. Je m’occupe de collecter les propositions d’animations, d’ateliers, de débats et de témoignages qui pourront prendre place là-bas. C’est dans ce cadre que nous avons récolté des données avec Lucas des CEMÉA belges dans le but de formaliser un document qui viendra appuyer un atelier lors des Biennales sur la lutte contre la marchandisation de l’éducation. Le comité de pilotage est composé de plusieurs groupes de travail. Personnellement, je fais partie du groupe International qui a pour but d’assurer les démarches administratives nécessaires aux déplacements (lettres aux ambassades, obtention de visa…) ainsi que du groupe Inclusion qui vise à faciliter la participation des membres qui ne parlent pas l’italien. Parallèlement, il y a les conver- gences locales : il s’agit d’ouvrir un espace à l’échelle locale dans lequel les discussions de la biennale peuvent faire écho. L’une d’entre elles se prépare actuellement au Sénégal.


C : Est-ce que tu as quelque chose à ajouter ?
S :
Il y a des réalités européennes que je ne maîtrise pas et il est donc très important que je puisse avoir des séjours d’immersion au sein des membres belges, français, italiens, espagnols, etc. pour comprendre comment le travail est structuré à votre niveau et avoir un regard croisé et plus global sur la Fédération.
 

 

[1] -https://www.convergences-educnouv.org/.
[2] -https://www.lllplatform.eu

 

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