LIVRE
Tupamadre
« Mes seurs plein de fois parlent
en francais avec ma mere, qui leur
répond en español. Des fois quand
elles veulent parler de moi, ou d un
truc qu elles veulent me cacher, elles
commencent a parler en francais
bouboubou dadada grgrgr pouti
poutou. Moi je comprend rien mais
je comprend. »
Cette langue qui parle d’elle-même, c’est celle de L. Etchart, fille d’un couple de guerilleros membres du Mouvement de libération national – Tupamaros (MLN-T), actif dans les années 60 et début 70 en Uruguay. L’autrice nous montre comment l’orthographe peut être au service d’une langue située, avec son accent, son histoire, ses émotions. Dire la France ou la Frranss, ça ne dit pas la même chose. Enfant, elle rencontre le français : « Ya plein de petits trucs mignons sur les letres, des accents a l envers, des petits toits de maison, des machins sous les c, des doubles partou pp tt mm ss ff ee ll nn ». Ce n’est pas sa langue maternelle, et pourtant, c’est celle qu’elle choisira pour parler de sa mère. Ce livre montre que nous sommes fait-e-s de mélanges, que les mots peuvent se glisser entre les langues, les sonorités prendre le dessus sur les étymologies. L’orthographe ne sert plus une distinction sociale, mais se met au service d’une langue qui parle. C’est une personne qui s’exprime et non plus des privilèges. C’est un livre sur la transmission et ce qui l’empêche, car entre les mots, il y a les silences. L. Etchart part à la recherche d’une histoire et creuse les silences. Elle y déterre des souvenirs et des bouts de feuilles volantes, témoins de la tendresse et de la violence du quotidien. C’est un livre de la vie, des chansons du soir avant d’aller dormir, des odeurs dans la rue, des frères qui n’en sont pas et des ami-e-s qui en sont, des procédures administratives qui étouffent, des petites choses dans des petites boîtes, de la mort qui semble irréelle, mais qui nous rend à l’évidence que tout autour de nous semble vouloir nous faire l’oublier. « J ai une méfiance particuliere pour plein de gens. Les gens qui kifent pas la boufe sucrée, les gens qui choisissent entre les chats et les chiens, les gens qui kifent plus les trucs grands que les trucs petits. Qui entre chateau et insecte choisissent chateau, entre piscine et grain de beauté, piscine. »
« Tupamadre »,
L. Etchart,
Terrasses Éditions, 2023.
JEU DE SOCIÉTÉ

Love Letter : Quand l’amour ne tient qu’à une lettre...
Qui gagnera la confiance de la princesse, lui transmettra sa lettre et deviendra son‑sa confident‑e ? Dans Love Letter, on enchaîne les parties rapides pour livrer sa missive à la princesse et, franchement, une fois qu’on commence on a du mal à s’arrêter ! Le principe est assez simple… Les joueur‑euse‑s commencent la manche avec une carte en main. À leur tour, ils-elles en piochent une deuxième et choisissent d’en jouer une des deux. Les cartes repré- sentent des personnages de la cour royale : espionne, roi, garde, prêtre, baron, comtesse, servante, prince, chancelier et princesse qui enclenchent, évidemment, un effet différent. Pour éliminer ses concurrent‑e‑s et tenter de se protéger, il faut faire preuve de déduction en mémorisant qui a joué quoi, mais aussi de bluff ! En effet, le but est de terminer la manche avec la carte dont la valeur est la plus élevée et, donc, de livrer votre message à la princesse, pour remporter ses points de confiance. Les manches se succèdent jusqu’à ce qu’un‑e joueur‑euse obtienne le nombre de points nécessaires pour emporter la partie. Bref, Love Letter, c’est un petit jeu d’ambiance. Rapide, il combine déduction, bluff, tactique, un peu de chance, beaucoup d’interactions et un bon goût de « reviens‑y » !
Auteur : Seiji Kanai
Illustrateur : Andrew Hepworth et
Jeff Himmelman
Editeur : Filosofia
Nombre de joueur‑euse‑s : 2 à 6
Durée : 30 minutes
À partir de 8 ans
JEU VIDÉO

Et si on jetait au chaudron les pratiques sexistes de l’univers du jeu vidéo ?
Si vous aimez les loisirs connectés, si vous jouez régulièrement en ligne pour participer à des « raids » ou à des « quêtes » dans des univers parallèles, si vous savez ce qu’est un « avatar » et avez mis beaucoup de soin à créer et équiper le vôtre... et si, en plus, vous êtes un fille ou une femme, alors vous avez déjà très certainement pu remarquer que le monde du jeu vidéo n’est pas forcément le plus inclusif et le moins sexiste ! WitchGamez est un collectif de gamers et de gameuses chevronné-e-s, qui s’engagent contre le sexisme : sensibilisations dans des colloques ou des conventions, soutien aux victimes de harcèlement en ligne, activisme sur les réseaux sociaux, animations dans les écoles ou les maisons de jeunes, exposition itinérante… tous les moyens sont bons pour défendre les intérêts des minorités de genre dans la pratique du jeu vidéo ! Attention, « les sorcières » sont de sortie et elles ne vont pas (plus) se laisser faire, y compris dans les espaces virtuels des jeux vidéo !
Pour en savoir plus sur le collectif : witchgamez.com
Et profitons-en pour mettre en avant un jeu vidéo féministe : « Dykie Street » !
Conçu par D.I.Y.K.E, un collectif féministe et queer, ce petit jeu sans prétention et au graphisme rétro permet de répondre avec humour et créativité au sexisme ambiant ! Tu incarnes Dikie, un personnage qui se promène dans l’espace public et qui va être confronté aux publicités, affiches et tags sexistes qui sont placardés partout dans les rues ! Pour faire taire les voix du sexisme, tu vas devoir trouver tes meilleures punchlines, détourner les tags, coller des stickers sur les publicités et placarder de nouvelles affiches sur les anciennes ! Un jeu extrêmement rapide et simple, mais au message néanmoins puissant !
« Dykie Street » de D.I.Y.K.E
www.lexaloffle.com/bbs/ ?tid=31155
BANDE DESSINÉE

La nuit retrouvée
La combinaison Lola Lafon et Pénélope Bagieu attise la curiosité, pour cette BD toute en nuance de mauve ! Trois enfants se retrouvent dans leur maison de campagne pour fêter l’anniversaire de leur mère. La soirée se passe agréablement et mère et fille finissent sur le canapé à se rappeler des souvenirs communs. Au détour de leur conversation, une vie insoupçonnée se dévoile, l’histoire de la mère s’efface pour faire place à l’histoire de la femme d’autrefois. Une belle histoire sur la difficulté de concilier vie de femme et vie de mère célibataire, sur des instants volés d’insouciance dans une existence faite de règles et d’anticipation. Quand chaque instant de plaisir se confronte à la culpabilité, le lâcher-prise est rare et les choix limités. En filigrane, le poids que la société fait peser sur les mères célibataires concernant la prise en charge des enfants. Tout en nuance de couleur et de sens !
La nuit retrouvée de Lola Lafon,
Pénélope Bagieu (illustratrice),
Gallimard, 2025.
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