Qu’est-ce qu’elles sont prévenantes ces grandes boîtes liées aux GAFAM ou ces courtiers de données, ils semblent n’avoir qu’un seul but dans la vie : nous faciliter la nôtre. Et pourtant à y regarder de plus près, nous avons quelques doutes. Il y a d’abord toutes ces données que nous donnons joyeusement. Combien de fois par semaine donnons-nous volontairement des données de localisation à l’un ou l’autre site ? Nous évoquons ces questionnaires que nous remplissons régulièrement pour lire un site, commander une pizza, un livre, un cadeau ou réserver un billet de train et bien d’autres choses. Nous y sommes tellement habitué-e-s que nous arrivons à remplir ce type de demande de plus en plus rapidement. Pour nous convaincre de remplir ces données, on nous explique que cela va nous faciliter la navigation. « Plus besoin de remplir un formulaire à chaque commande, nous gardons pour vous votre historique et nous vous recommandons même vos prochains achats ».

Il y a aussi toutes les données que nous donnons involontairement, les « traces » que nous laissons par le biais de notre adresse IP à chaque fois que nous ouvrons une page de site : notre localisation, le temps passé sur quelle page, les pages visitées avant et après… Et enfin, il y a les traces invisibles que nous acceptons de laisser souvent un peu rapidement face à l’envie de faire disparaître un pop-up géant qui nous gâche la vue d’un site : ces fameux petits cookies. Le RGPD oblige à nous demander notre accord pour leur usage et nous ne cessons de le donner sans toujours prendre le temps de lire. Quand on se pose un peu plus de questions et qu’on ne clique pas directement sur le bouton « tout accepter », on peut souvent lire toute la prévenance du site que nous visitons : « Nous utilisons des cookies pour enregistrer votre préférence de langue, pour retenir vos habitudes de visite sur notre site »… mais aucun site ne nous dit que les cookies leur permettent de traquer nos clics pour en déduire les données qui pourront être revendues à des annonceurs (sans lesquels de nombreux sites d’information ou de forums ne pourraient pas subsister) ou plutôt s’ils nous le disent, c’est dans les interminables pages de « conditions d’utilisation » rédigées dans un langage des plus hermétiques qui apparaissent lorsqu’on « n’accepte pas tout ».

Mais pas besoin de garder le nez collé à nos écrans pour nous voir offrir cette « bienveillance » toute pratique. On retrouve le même modèle dans nos commerces et même dans nos pharmacies. Vous êtes en déplacement ou vous allez simplement à la pharmacie et vous avez oublié de prendre la prescription du médicament qui vous est indispensable (ça nous arrive tous les jours, non ?) ? Pas de problème, vous avez probablement donné votre consentement un jour pour bénéficier du DPP qui permet d’enregistrer tout l’historique de vos achats en pharmacie et donc à votre pharmacien-ne de pouvoir voir si vous avez des prescriptions régulières pour le dit médicament habituellement. Un programme qui permet de centraliser et de potentiellement connaître tout de notre santé, bien pratique, mais pas seulement pour nous. Ce sont des informations qui intéressent évidemment tant les grands groupes pharmaceutiques, que notre banque et même peut-être notre futur-e employeur-euse qui sont tou-te-s prêt-e-s à enchérir quelques centimes d’euros pour avoir l’info nous concernant.

Prochain arrêt : le supermarché. Plus besoin de recevoir des bons de fidélité à coller dans un carnet fastidieux ou d’avoir une réduction directement à la caisse, tout est fait pour vous faciliter la vie : une seule carte de fidélité pour tous vos achats. Pratique non ? Secondairement, ça leur permet aussi de savoir si vous avez récemment commencé à acheter des couches « premier âge », ou du shampoing « anti-chute »… mais ça, c’est un détail. Qu’est-ce que cela pourrait dire de vous ? Et c’est donc un parfait « hasard » si votre réseau social se met à faire la promo de matériel de puériculture ou d’implants capillaires. Il fait bien les choses ce « hasard »…
Au nom du pragmatisme et de la centralisation des infos, on pourrait aussi se réjouir que dès 2 ans et demi, on facilitera la vie des enfants en récoltant bulletins et avis des enseignant-e-s tout au long de leur scolarité. Les enseignant-e-s se voient déjà convaincre de l’aspect pratique – encore - d’un « dossier scolaire global » pour connaître (sic) les élèves avant même de les avoir rencontré-e-s. Il y en a certain-e-s qui trépignent à l’idée que ce fichier soit opérationnel. Les DRH, recruteur-euse-s et autres chasseur-euse-s de têtes sont prêt-e-s à dégainer leur portefeuille pour avoir toutes ces infos. Connaître tout votre passé scolaire avant de vous embaucher, le commentaire de votre prof de math de 4e qui vous disait « rétif à l’autorité », bizarrement ça les intéresse !

Et une application coopérative gratuite qui permet d’éviter les bouchons, ça aussi ça facilite pas mal la vie ! Secondairement, cela permet de récolter plein de données sur notre manière de conduire, les excès de vitesse qu’on pourrait se permettre, le nombre de kilomètres que nous parcourons… C’est bizarre, mais notre assurance voiture, elle est très intéressée et prête à payer quelques euros pour connaître cela de nous ! C’est comme si elle embarquait sur la banquette arrière de notre voiture pour nous observer et ce, à bon marché pour elle… Pratique cette application, mais pas que pour nous.

Pour faire du sport et prendre soin de notre santé aussi, on peut se faciliter la vie : la montre bracelet qui monitore tous nos efforts. Elle enregistre où et quand on fait du sport, quand on dort, mais aussi où et quand on court après notre bus ou monte les escaliers plutôt que de prendre l’ascenseur. En plus, ça enregistre nos pulsations cardiaques et nous aide à faire du sport. Secondairement, ça permet aussi de connaître de notre état de santé et cette info-là, encore une fois notre banque est prête à la payer pour savoir si elle peut nous accorder un prêt pour la belle maison qu’on vient de découvrir sur le net.

Et en fait, pourquoi prendre le temps d’écrire toutes mes recherches sur internet : une Googlebox et l’écoute de Siri, ça facilite aussi pas mal la vie. Jusqu’à bientôt se voir proposer la sorbetière qui nous manquait en prochain cadeau de noël après avoir regardé notre émission culinaire favorite.

Anonymisées toutes ces données ? Oui, il n’y a plus de prénom ni de nom rattachés à celles-ci, c’est sûr. Mais une personne de sexe masculin, née à Namur le 6 janvier 1985, électricien de formation et résident à Gembloux, il n’y en a… qu’une… c’est vous ! Mais on vous garantit qu’on ne connaît pas votre nom et prénom, juste 25 000 éléments1 de tout ce que vous avez fait, acheté, partagé, vus dits regardés entendu ces dernières années. 25 000 ça fait un paquet. Et la puissance des outils de profilage et/ou de surveillance est bien là, c’est le croisement de toutes ces données et traces collectées. Nos comportements sont parfois plus connus de ces databrokers que nous-mêmes, plus prévisibles et bientôt plus pré-dictés. Jusqu’à quel degré serons-nous prêt-e-s à mettre en balance confort, pragmatisme, efficacité et rapidité face à cette surveillance consumériste, enfermante et anti-démocratique ? Ajoutons-y le poids des habitudes, l’effort du changement et l’argument du nombre qui reste sur telle ou telle application… Elles nous facilitent la vie à petite échelle peut-être, mais à l’échelle de notre fonctionnement sociétal ?

Quelques liens pour aller plus loin
Le dossier et l’enquête participative « Hypersurveillance » de Médor
Cash investigation - Nos données personnelles valent de l’or !

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1https://www.france.tv/france-2/cash-investigation/2450927-nos-donnees-personnelles-valent-de-l-or.html

 

 
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