Plus d’un siècle d’Éducation Nouvelle éclairée et mis en actes par nombre de pédagogues, connu-e-s et inconnu-e-s et pourtant… Bien trop souvent, les enfants sont négligés, restent considérés comme des adultes en devenir ou des adultes en miniature. L’attention qui leur est accordée, dans nombre de cas, est suspecte au motif du risque de produire des « enfants-rois »… La crise sanitaire que nous traversons a encore tristement illustré la considération à l’égard des enfants, les autorités ne leur ayant jamais adressé de messages et leurs besoins d’épanouissement ayant nécessité un cri d’alarme de 269 pédiatres1 pour enfin envisager un retour à des relations sociales entre enfants...

La persistance de la considération de l’enfant comme objet et non comme sujet témoigne de la place subsidiaire que notre société continue de lui conférer : il est envisagé comme élève avant d’être enfant à l’école, comme souci de garde en dehors de l’enceinte scolaire, comme potentiel danger particulièrement à l’adolescence, comme coût pour les dépenses publiques… Il s’agit là d’une véritable assignation à résidence des enfants dans des attendus en termes de rentabilité et d’intégration au modèle de (sur)consommation. Or, notre société devrait d’abord imposer une prise en compte en termes d’humanité, d’épanouissement, de soin, de découvertes et de bonheur !

Mais pour le coup, ce serait un changement radical de regard, une véritable révolution culturelle qui nous écarterait de ce que nous avons, nous aussi, bien souvent connu et éprouvé… Une approche culturelle des droits de l’enfant est donc nécessaire, au-delà des discours incantatoires, pour que les manières de penser et de pratiquer se transforment, pour que le désir remplace le mérite, que la coopération se substitue aux luttes de place, que l’effectivité des droits supplante l’égalité des chances.

Pour les droits de l’enfant, nous en appelons donc à une révolution culturelle telle que l’envisageait Marcel Hicter2, situant la culture dans une perspective universaliste et humaniste, comme la priorité que l’on donne au plus-être sur le plus-avoir. [...] La culture n’est pas la connaissance, ni l’érudition ; c’est une attitude, une volonté de dépassement personnel total, de son corps, de son cœur, de son esprit, en vue de comprendre sa situation dans le monde et d’infléchir son destin.3

Aux adultes de garantir ce cadre et cet esprit ; c’est leur responsabilité ! Et aux enfants, d’enfin, être des enfants !


 

1 https://www.rtbf.be/info/opinions/detail_carte-blanche-de-plusieurs-pediatres-les-enfants-sont-les-oublies-du-deconfinement?id=10504760
2 Directeur général de la jeunesse et des loisirs en Belgique de 1963 à 1979
3 Discours prononcé à l’occasion de sa prise de fonction comme président de la Fédération Internationale des CEMÉA en 1971 à Paris.