Contacts avant l’arrivée
Dans le cadre d’une rencontre interculturelle en tant que volontaire avec l’asbl belge Asmae1 et son partenaire togolais, l’ONG Alafia2, j’allais me rendre au Togo en février-mars 20253. Le programme sera assez chargé mais une idée a commencé à faire son chemin : prendre une journée sur place pour rencontrer mes homologues togolais-es, découvrir leur quotidien et en savoir plus sur leurs activités. Renseignements pris, dès janvier j’ai eu l’occasion d’échanger quelques messages avec Paulin, le président, qui serait ravi de me rencontrer dans leurs bureaux de Lomé, la capitale du Togo, le vendredi 7 mars.
Il ne me reste plus qu’à faire mon sac, y glisser quelques outils des CEMÉA belges à emporter avec moi et parcourir les 6.000 km qui nous séparent.
Projet Asmae- Alafia Jeunes
Une fois arrivée au Togo, je retrouve toute une série de repères puisque c’est ma 4e visite dans ce très beau pays d’Afrique de l’ouest. Dès mon arrivée, je reconnecte ma carte SIM togolaise et continue à échanger avec Paulin qui prendra régulièrement de mes nouvelles tout au long de la première partie de mon séjour.
Avec l’équipe de volontaires d’Asmae et d’Alafia, nous restons peu de temps à Lomé pour nous rendre dans la région des Plateaux, à Kougnohou, loin de l’effervescence de la capitale, au centre de formation d’Alafia. Ce n’est qu’une fois de retour à Lomé que ma visite aux CEMÉA s’organise concrètement : où nous retrouver, qui m’accompagnera, quel sera le programme de la journée, etc.
Rencontre avecPaulin, Jeanine et Jennifer
Le matin du 7 mars, j’ai retrouvé Ayissan, un ami togolais membre d’Alafia Jeunes, pour nous rendre aux bureaux des CEMÉA togolais et y rencontrer l’équipe à 9h. Il faisait déjà 29° et vu la distance et l’absence de trottoirs sur les axes empruntés, nous avons pris des taxi-motos pour nous rendre sur place. Entre mon envie de découvrir le fonctionnement de cette association togolaise et le fait qu’Ayissan ne connaisse les CEMÉA qu’à travers quelques anecdotes que j’avais pu lui raconter, nous arrivions, lui et moi, la tête remplie de questions. Et nous n’avons pas été déçu-e-s puisque l’équipe nous a dressé un tableau très complet de leurs projets passés en remontant parfois à la création de l’association en 1959.
Sur place, Paulin nous a expliqué que toute l’équipe était composée de volontaires, avec toutes les difficultés que cela peut engendrer. Paulin est l’actuel président, Jeanine la trésorière et Jennifer est chargée de la communication sur les réseaux sociaux. Leur salle de formation se transforme en bureau et inversement en fonction des besoins, le tout dans une annexe de la maison de Paulin. Nous avons beaucoup discuté de la difficulté à obtenir des subsides de la part de l’État puisque chaque association togolaise doit d’abord obtenir l’agrément et être reconnue officiellement comme association, mais cela peut parfois prendre des années.

Une fois l’agrément obtenu, l’argent pour fonctionner et engager des gens n’arrivera pas de l’État, mais en répondant à des appels à projets lancés par différentes structures (ONG internationales, ambassades, etc.) et ayant des grilles de critères précis. Dès lors, beaucoup d’associations togolaises, telles que les CEMÉA, fonctionnent grâce à l’engagement de volontaires qui partagent les valeurs de l’association et ont l’envie de faire avancer la société. De là, toute une série d’enjeux entrent en ligne de compte tels que :
• Comment continuer à recruter et former les volontaires ?
• Comment mobiliser et conserver les volontaires dans le temps ?
• Comment garder une certaine mixité alors que beaucoup de femmes quittent tout engagement volontaire dès lors qu’elles se marient ?
• Quelle participation aux frais demander alors que les volontaires viennent donner de leur temps ?
• Comment construire des projets de plus grande ampleur avec peu de moyens ?
• Comment proposer une expérience internationale aux volontaires alors que les visas européens sont si compliqués à obtenir ?
Autant d’enjeux qui sont finalement très semblables à ceux rencontrés par les CEMÉA-Belgique.

Les domaines d’action
Au Togo, les CEMÉA ont vu le jour en 1959, l’année suivant l’organisation des premiers séjours pour des jeunes, organisés par des enseignant-e-s français-es. Le succès a été au rendez-vous puisque de nouveaux séjours ont été organisés dans les années qui ont suivi. Les CEMÉA-Togo étaient lan- cés ! D’abord liés au ministère de l’Enseignement, ils sont passés au ministère de la Culture et des Sports en 1973.
Depuis leur création, les CEMÉA-Togo ont toujours été actifs dans l’organisation de séjours de vacances, mission qui est encore au centre de leur action actuellement. Seulement, une difficulté est apparue avec le temps : le fait de payer la location des lieux les a obligés à cibler aussi bien les familles plus défavorisées que les familles qui ont plus de moyens.
Leur champ d’activités s’est développé avec le temps pour s’ouvrir à des enjeux liés à l’environnement, aux changements climatiques, à l’enseignement, à la démocratie et à la santé. Une attention nouvelle est portée aux orphelinats et les CEMÉA organisent des dons de vêtements, de colis alimentaires et d’argent pour soutenir ces différentes structures.
Au niveau de l’enseignement, un soutien aux activités festives et éducatives est organisé dans différentes écoles dans les domaines sportifs et artistiques lors d’activités extrascolaires. Les élèves sont également invité-e-s à produire des œuvres littéraires sur des sujets qui les touchent, tels que l’impact des changements climatiques sur leur quotidien et sur le futur, dans lequel ils-elles se projettent. Les enseignant-e-s rassemblent les productions des élèves et les CEMÉA interviennent alors pour accompagner l’impression de recueils de ces œuvres à diffuser, ou encore soutenir la mise en scène d’une pièce de théâtre tirée des textes... Par exemple, ils peuvent s’occuper de réunir tout le monde dans un festival scolaire. Comme l’explique Paulin : « L’essentiel, c’est d’encourager les jeunes à observer autour d’eux, à réfléchir à comment apporter des solutions à l’existant tout en améliorant leurs compétences ».
En parallèle des activités liées aux jeunes et à l’enseignement, une formation à l’animation sera organisée d’ici l’été. Comme en Belgique, les animateurs et animatrices viennent découvrir des méthodes d’animation, partager des valeurs communes, tout en abordant des questions liées aux premiers secours, aux assurances et autres aspects plus techniques. Comme le précise Paulin : « Les enfants qui rentrent de nos séjours, à la sortie, il faut que les parents constatent un changement positif. (…) Même au niveau des activités manuelles puisque certains enfants ne participent pas aux travaux domestiques à la maison, ce qui est une carence quand ils grandissent, donc nous prenons soin d’apprendre aux enfants à faire leur lit pour les plus petits par exemple. Et les parents voient ces changements. ».
Au niveau des programmes des séjours, les jeunes togolais-es vivent des journées et des activités similaires à celles vécues par les jeunes belges. Et comme l’explique Paulin : « Le repas du soir est suivi de la veillée où l’on apprend à chanter et à danser. ». De quoi retrouver quelques similitudes assez évidentes entre nos deux pays.
Festival scolaire à Tsévié
Après un apéro et un délicieux repas vegan pris ensemble, nous prenons, Jennifer, Ayissan, Paulin et moi, un taxi pour nous rendre à la Maison des jeunes et de la femme à Tsévié, une ville située à une trentaine de kilomètres de Lomé, pour assister à la finale du festival scolaire Eduk-Théâtre – Arts, enfance et jeunesse Togo. Sur place, nous arrivons devant une gigantesque salle déjà remplie de centaines de jeunes. Comme les CEMÉA-Togo allaient remettre un prix, nous avons eu le privilège de nous asseoir sur les sièges du premier rang, directement devant la scène. Et petit bonus lié à ma présence : le festival venait de gagner une ampleur internationale4 !
Durant toute l’après-midi, les élèves de 4 collèges et lycées de la région maritime se sont succédé-e-s sur scène pour nous présenter des œuvres originales dans trois catégories : le théâtre, la danse et la poésie. Les pièces de théâtres avaient un fil rouge commun : la lutte contre les violences sexistes et sexuelles du point de vue des élèves. Si certaines pièces se terminaient de façon tragique, d’autres poussaient les victimes à parler et à s’unir pour lutter contre leurs agresseurs et l’injustice des situations subies. Un beau message envoyé aux 3.000 jeunes réuni-e-s dans cette salle ! De son côté, la danse a remis certaines danses traditionnelles au goût du jour tandis que la poésie explorait plutôt les sentiments des élèves, leur vision du monde actuel et du futur. Vu l’engouement de la salle, chaque prestation était une nouvelle manière de briller, de rassembler et de porter des messages forts.
Après un moment de pause pour la délibération du jury, les résultats sont tombés ! Certains prix étaient directement offerts aux élèves sur scène tandis que d’autres allaient être apportés le lundi suivant dans leurs écoles respectives. C’est là que Paulin m’avait organisé une petite surprise : j’ai eu l’honneur d’être appelée à monter sur scène pour remettre le premier prix à l’école gagnante. De son côté, Paulin s’est rendu dans l’école de la 3e place du podium pour remettre les prix et prendre une photo des élèves et de leurs enseignant-e-s.
Cette journée très riche s’est terminée par un retour à Lomé à quatre en taxi puis en taxi-moto avec Ayissan jusqu’à mon logement.
Nous avons encore eu l’occasion de nous revoir à trois, Paulin, Ayissan et moi la veille de mon départ pour évaluer cette journée et continuer à échanger sur nos réalités respectives.
Deux mondes différents et pourtant tellement semblables
Cette rencontre m’a permis de faire le lien entre deux réalités très différentes mais semblables à la fois. Nous vivons dans deux sociétés qui fonctionnent différemment, avec deux systèmes politiques et économiques très différents, tout comme nos climats respectifs, nos manières de nous déplacer, l’organisation de nos espaces urbains et ruraux, mais les enjeux sont les mêmes lorsqu’il est question de jeunesse, d’enjeux environnementaux et climatiques, de démocratie, de développer l’esprit critique, et bien d’autres encore. Il est rassurant de partager des valeurs et des méthodes au-delà des frontières et de miser autant sur un futur qui irait vers une société plus juste et équitable pour chaque personne qui la compose, à commencer par les jeunes actuels et à venir. Alors continuons à nous ouvrir aux autres, à apprendre et vivre de nouvelles expériences, et surtout, à travailler main dans la main à travers le monde. Qui sait, peut-être nous retrouverons-nous au Togo, en Belgique ou au détour d’une rencontre de la Fédération Internationale des CEMÉA (www.ficemea.org).
Daphné,
permanente CEMÉA
[1] www.asmae.org/
[2] www.alafiatogo.org/
[3] www.asmae.org/bxyz-interculturalite-media-et-genre-au-togo/
[4] https://educplusmedia.tg/2025/03/11/festival-eduk-theatre-danse-et-poesie-enfance-et-
jeunesse-une-8%e1%b5%89- edition-reussie-dans-la-ville-de-tsevie/
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